Le brief éco, France info

Le patron d'Airbus prévient les Britanniques qu'un Brexit sans accord entraînerait des décisions "très douloureuses"

A moins de deux mois du Brexit (29 mars), le patron d’Airbus envoie un message très solennel et sombre dans une vidéo. Tom Enders avertit les autorités britanniques qu’il sera obligé de prendre des décisions "très douloureuses" en cas de sortie du Royaume-Uni de l’Europe sans accord avec Bruxelles

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Tom Enders, PDG d\'Airbus, en avril 2018.
Tom Enders, PDG d'Airbus, en avril 2018. (BRITTA PEDERSEN / DPA-ZENTRALBILD / AFP)

C’est un nouveau coup de semonce de la part de l’avionneur européen pour la classe politique britannique. Un de plus, au lendemain de la décision du géant de l’électronique japonais Sony de déménager son siège de Grande-Bretagne vers les Pays-Bas. La semaine dernière, c’était le géant néerlandais de l’électronique, Philips, qui annonçait la fermeture de sa seule usine britannique. "C’est une honte que, plus de deux ans après le résultat du référendum, les entreprises ne puissent toujours pas planifier correctement l’avenir", déplore Tom Enders, président d'Airbus.

"S'il y a un Brexit sans accord, chez Airbus nous devrons prendre des décisions potentiellement très douloureuses pour le Royaume-Uni", a averti M. Enders dans cette intervention où il s'exprime face à la caméra, revêtu d'un polo noir à col roulé et d'une veste bleue.

Airbus le reconnaît, les autorités britanniques étaient informées en amont de la diffusion de cette vidéo qui dure trois minutes. Petit jeu subtil du non-dit. Le coup de gueule peut en effet aider la Première ministre Theresa May à défendre sa cause. Ce qui n’enlève rien à la colère du patron d’Airbus  

Menaces réelles ?

Airbus est un groupe européen par excellence. On imagine facilement le grand écart auquel va être contraint l’avionneur avec la sortie du Royaume-Uni de l’Europe. Les activités industrielles du géant de l’aéronautique installées dans les différents pays européens – et aux Etats-Unis – dépendent largement de la fluidité des échanges. Sur le plan administratif, c’est un casse-tête qui s’annonce avec la remise en cause des formalités administratives et la très probable instauration de taxes douanières frappant les productions sortant du Royaume. Cela impacterait directement la construction et le coût des avions puisque la plupart des ailes équipant les appareils Airbus sont fabriquées aujourd'hui au Pays de Galles. Plutôt que de voir ses ailes taxées à la sortie du Royaume-Uni, Airbus aurait tout intérêt à en rapatrier la production sur le continent. On pense en premier lieu à Toulouse, l'un des berceaux d'Airbus, mais d’autres pays sont preneurs pour accueillir les lignes de production.  

Le poids d’Airbus en Grande-Bretagne

Airbus emploie au Royaume-Uni 14 000 salariés répartis sur 25 sites, sans parler des sous-traitants (environ 100 000 collaborateurs). Airbus y fabrique les ailes de ses avions mais aussi des satellites et certains missiles. Tout le monde va faire en sorte d’éviter le pire mais nous avons là un exemple concret de l’impact du politique sur les décisions de stratégie industrielle.

Plus largement, en fond de décor, il y a l’Europe de la Défense car Airbus c’est le civil mais aussi le militaire. En ce domaine, la situation déjà très compliquée ne risque pas de s’améliorer face à des tensions géopolitiques mondiales toujours plus fortes. L’objectif, et l’intérêt, d’Airbus et de Londres, est d’éviter un saut dans l’inconnu qui se traduise par un Brexit sans accord, qui deviendrait rapidement un accord "perdant-perdant".

Tom Enders, PDG d\'Airbus, en avril 2018.
Tom Enders, PDG d'Airbus, en avril 2018. (BRITTA PEDERSEN / DPA-ZENTRALBILD / AFP)