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Vers une nouvelle bataille autour des études sur le glyphosate

Le glyphosate est il cancérigène ? Selon l’OMS, probablement. Selon l’agence sanitaire européenne toujours pas. Quatre ans après la bataille pour sa ré-homologation en Europe, les choses n’ont pas beaucoup changé. 

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Des fausses boîtes du désherbant Roundup, en soutien au maire de Langouet (Ille-et-Vilaine) poursuivi pour avoir interdit des pesticides à proximité de maisons de sa commune.
Des fausses boîtes du désherbant Roundup, en soutien au maire de Langouet (Ille-et-Vilaine) poursuivi pour avoir interdit des pesticides à proximité de maisons de sa commune. (SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP)
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De nouvelles évaluations scientifiques viennent de sortir sur le glyphosate, le principe actif de nombreux herbicides. Et elles sont toujours contradictoires. C'est un peu on prend les mêmes et on recommence. Un premier rapport par les experts de quatre pays dont la France pour l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a conclu le 15 juin dernier que le glyphosate n’est ni toxique, ni cancérigène, ni un perturbateur endocrinien mais qu’il vaut mieux éviter de le mettre dans les yeux. L’Inserm a fait aussi la semaine dernière un point sur la question et voit une présomption moyenne de lien entre glyphosate et lymphome non hodgkiniens. Alors que le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) l’a classé pour l’OMS depuis 2015 comme un cancérigène probable, au même titre que le bromure de vinyle ou les nitrites. 

Le Circ a repris les études sur le glyphosate et ses usages dans la littérature scientifique académique, publiées dans des revues à comité de lecture comme Science ou The Lancet. Des études à la fois sur des rats mais aussi des cohortes de patients. L’Efsa, elle, regarde certaines de ces études, mais aussi celles faites par les entreprises de pesticides elles-mêmes, qui veulent obtenir l’autorisation de leur produit. Ce sont quand même elles qui le connaissent le mieux, mais sont-elles les plus à même de juger de leurs défauts ?

Certaines études remises en cause

Ni le Circ, ni l’Efsa ne font d’analyse, ils compulsent les recherches faites par d’autres. Et celles des entreprises ne sont transmises qu’aux experts de l’Efsa : question de secret industriel. Ensuite, que ce soit pour l’Efsa ou pour le Circ, les critiques fusent sur le côté soit militant, soit "vendu à l’industrie" de leurs experts. Quand le message ne plait pas, on attaque le messager.

Publier les études des firmes pourrait être l'une des solutions pour mettre tout le monde d'accord. D'ailleurs, c'est ce qui a été fait pour les études qui ont servi à la réautorisation du glyphosate, il y a quatre ans. Des scientifiques sans lien avec l’industrie mais défrayés par l’ONG SumOfUs ont pu les consulter. Selon plusieurs médias européens dont Le Monde, ils estiment que les deux tiers ne sont pas faites dans les règles de l’art. Pour celles qui viennent de sortir, il va falloir attendre septembre prochain pour consulter le rapport dans son ensemble.

On se dirige donc vers une nouvelle bataille autour du glyphosate l’an prochain. Parce que l’Europe n’a pas dit qu’il serait interdit en 2022, mais elle l’a réautorisé jusqu’en 2022. Il va donc falloir décider de ce qu'il se passe après. Emmanuel Macron voulait l’interdire cette année dans notre pays, il y a renoncé. On attend de savoir quelle position la France défendra sur la question mais ce sera après l’élection présidentielle. L’interdiction ou pas du glyphosate : un vrai sujet de campagne.  

Des fausses boîtes du désherbant Roundup, en soutien au maire de Langouet (Ille-et-Vilaine) poursuivi pour avoir interdit des pesticides à proximité de maisons de sa commune.
Des fausses boîtes du désherbant Roundup, en soutien au maire de Langouet (Ille-et-Vilaine) poursuivi pour avoir interdit des pesticides à proximité de maisons de sa commune. (SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP)