Nos acariens sont en train de fusionner avec nous

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Ils vivent par milliers sur notre peau, normalement, en toute indépendance. Mais peut-être plus pour longtemps. Des chercheurs ont découvert que les acariens ont perdu des gènes, ce qu’ils interprètent comme un glissement vers un état de symbiose avec l’humain qui les abrite. 

Article rédigé par
Mathilde Fontez - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Illustration en 3D de nos petits amis, les acariens, qui semblent trop bien s'entendre avec nous... Au risque de disparaître. (GETTY IMAGES / SCIENCE PHOTO LIBRARY RF)

Avec Mathilde Fontez, rédactrice en chef du magazine scientifique Epsiloon, on parle des acariens aujourd’hui. Mais pas pour évoquer les allergies qui sont provoquées par ces petites bêtes... 

franceinfo : Une étude génétique complète vient d’être publiée sur une espèce d’acarien en particulier qui vit sur notre peau, et elle montre qu’ils sont en train de fusionner avec nous 

Mathilde Fontez : Oui. C’est la première étude complète de l’ADN de cette espèce d’acariens qui s’appelle demodex folliculorum, et qui vit en effet sur notre peau. Ils se réfugient dans nos pores. Ça fait toujours un peu froid dans le dos quand on dit ça, mais nous avons chacun quelques milliers de ces acariens sur notre peau. Chacun mesurant 0,3 millimètres. Ils ressemblent à de minuscules vers. Et cette étude montre qu’ils sont en train de changer de statut : ils étaient des parasites. Ils deviennent des symbiotes : ils vivent en symbiose avec nous.

Quelle est la différence ?  

La différence, c’est qu’ils sont devenus totalement dépendants de nous pour vivre. Ils ne peuvent plus changer de milieu. Les chercheurs ont d’abord découvert que leur ADN s’est simplifié : ils ont moins de gènes que les autres espèces d’acariens. Ils fonctionnent avec moins de protéines – leur répertoire de protéines est le nombre le plus réduit jamais vu chez ce type d’espèces.

Et en conséquence, leur corps s’est simplifié : ils ont moins de cellules. Par exemple, leurs pattes ne bougent qu’avec trois muscles, chacun constitué d’une seule cellule. Autre exemple, ils ne produisent pas de mélatonine, contrairement aux autres acariens, parce qu’ils se sont habitués à le trouver sur notre peau. La fonction de production de cette molécule qui protège, entre autres, des rayons UV a progressivement disparu de leur génome.

Comment cela s’est produit ?  

C’est parce que nous sommes très confortables. Ils ont trouvé tout ce qui leur fallait chez nous : de la nourriture, le sébum produit par les cellules de notre peau. Et un abri : nos pores. On parle d’une adaptation extrême à l’hôte. Sauf que lorsqu’un être vivant n’est plus exposé aux menaces extérieures, il n’y a plus de compétition, plus de brassage génétique. Ces acariens se reproduisent seulement entre eux, aucun nouveau gène ne vient s’ajouter à leur patrimoine.  

Ils ont même arrêté de se transmettre d’un humain à l’autre. Ils se transmettent seulement de la mère à l’enfant. Tout cela les a rendus extrêmement dépendants de nous. À tel point qu’ils font partie de notre corps. Et à tel point que les chercheurs craignent aussi qu’ils se soient mis dans une impasse évolutive : ils pourraient ne pas survivre à nos propres évolutions...  

Nous en serons peut-être bientôt débarrassés ?  

C’est possible. Et ce n’est pas forcément une si bonne nouvelle que ça. Parce qu’en même temps qu’on découvre leur vulnérabilité, on découvre aussi qu’ils ne sont pas si nocifs. On pensait que ces acariens étaient associés à des maladies de peau. Or les chercheurs ont montré que ce n’est pas vraiment le cas. Ils nous sont même plutôt utiles, parce qu’ils nettoient en permanence nos pores…  

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