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Cryptomonnaie lancée par Facebook : "C'est l'utilisateur qui fera le succès ou l'insuccès de Libra"

"Plus il y a d'utilisateurs, plus c'est pratique" ajoute la spécialiste des questions monétaires Nathalie Janson.

Nathalie Janson, enseignante chercheuse à Neoma Business School, invitée de franceinfo le samedi 15 juin.
Nathalie Janson, enseignante chercheuse à Neoma Business School, invitée de franceinfo le samedi 15 juin. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

"C'est l'utilisateur qui fera le succès ou l'insuccès de Libra", a analysé sur franceinfo samedi 15 juin Nathalie Janson, enseignante-chercheuse à la Neoma business school et spécialiste des questions monétaires, alors que Facebook va lancer sa cryptomonnaie au début de l'année 2020. Baptisée Libra, elle s'appuiera sur la technologie blockchain, tout comme le bitcoin et la majorité des autres cryptomonnaies. "C'est la taille du réseau [Facebook] qui va faire que l'utilisateur aura intérêt à l'utiliser. Plus il y a d'utilisateurs, plus c'est pratique", explique Nathalie Janson. Avec ses plus de deux milliards d'utilisateurs, le réseau social a donc toutes ses chances avec ce nouveau produit.

En proposant une monnaie qui s'affranchit des États et qui s'appuie sur son réseau, Facebook opère "un retour à d'autres façons d'envisager le système, notamment avec cette idée de la décentralisation", poursuit la spécialiste. Cela permet de répondre à la méfiance qu'entretiennent certains face au circuit habituel, puisque "l'assurance, la confiance et le développement se fera par les membres du réseau et non pas par un État central", souligne-t-elle.

Un taux de change fixe

La cible de Libra est un autre de ses atouts. "Elle s'adresse surtout aux transferts d'argent entre particuliers, notamment pour les transferts de monnaie internationaux", a détaillé Nathalie Janson. Ces cryptomonnaies ont un grand avantage en termes de coûts de transfert par rapport à ce que vous payez si vous voulez envoyer de l'argent à l'étranger." Le produit lancé par Facebook fonctionnerait, selon elle, avec des "coûts réduits" pour les utilisateurs.

Libra aura également un avantage de taille face aux monnaies dites "traditionnelles" : sa constance. Mark Zuckerberg "ne choisit pas de lancer n'importe quelle cryptomonnaie, détaille l'enseignante de la Neoma business school. Il choisit de lancer des 'stable coins', c'est une monnaie stable." Libra ne sera donc "pas volatile" parce qu'elle aura "un taux de change fixe", basé sur le dollar, l'euro et le yen.

Une "vision plus fine" du comportement d'achat

"Ce n'est pas tant la carte bleue qui est visée [avec Libra] mais le comportement d'achat des consommateurs, a aussi expliqué Nathalie Janson. Leur profil, la façon dont ils dépensent vont donner une vision plus fine de leur façon d'acheter et de ce qu'ils achètent. C'est surtout ça qui est visé dans la récolte des données."

Concernant la rémunération que le groupe de Mark Zuckerberg devrait retirer de ce nouveau produit, "c'est une histoire de données", a assuré Nathalie Janson. Avec cette cryptomonnaie, "on a plus de données et elles sont plus fines". Dans son projet, Facebook s'est associé à Visa, Uber, Booking.com ou encore Illiad, la maison mère de Free, fondée par le Français Xavier Niel. "Un des avantages dans ce modèle économique serait de vendre ces potentielles données à disposition", explique Nathalie Janson. Pour les partenaires de Facebook, "c'est donc un moyen de cibler encore plus les clients, une manière de pouvoir encore mieux développer leur offre", poursuit-elle.

Nathalie Janson, enseignante chercheuse à Neoma Business School, invitée de franceinfo le samedi 15 juin.
Nathalie Janson, enseignante chercheuse à Neoma Business School, invitée de franceinfo le samedi 15 juin. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)