Droit à l’avortement : qui est Meg Autry, la gynécologue américaine qui veut contourner les lois anti-IVG avec une clinique flottante ?

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L’intrus de l’actu donne chaque soir un coup de projecteur sur une personnalité qui aurait pu passer sous les radars de l’actualité.

Article rédigé par
Bérengère Bonte - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Des manifestants pour le droit à l'avortement lors d'un rassemblement à Tucson, en Arizona, le lundi 4 juillet 2022. Photo d'illustration. (SANDY HUFFAKER / AFP)

Elle a le sourire combatif des militants que rien n'arrête. La soixantaine passée, le docteur Meg Autry réfléchissait à cette idée de centre d'IVG flottant depuis des années déjà s'inspirant notamment des navires qu'on voit sur le Mississipi dans la série Ozark de Netflix. Mais le déclic est venu le 24 juin, avec la révocation par la Cour suprême des États-Unis de l’arrêt historique "Roe vs Wade", autrement dit du droit fédéral à l’avortement. Douze États avaient déjà les textes de loi prêts à entrer en vigueur pour annuler ou restreindre l’accès à l’IVG. Dès le mois d’août, les États les plus conservateurs qui bordent le golfe Du Mexique s’y sont mis : Mississippi, Texas, Alabama, Louisiane.

Comme Meg Autry l'explique à la chaine ABC, elle sait que le projet est ambitieux mais le principe assez simple : là où les femmes ne peuvent plus avorter sur terre, elle veut le faire sur l’eau. "C’est un effort financier très important basé en grande partie sur la générosité, avec un navire qui nous sera peut-être donné, explique Meg Autry.  Le principe de base c'est une 'clinique de santé reproductive flottante'. On y délivrera des moyens de contraception, mais aussi le dépistage et le traitement des maladies sexuellement transmissibles. J’espère, la vaccination, ainsi que les interruptions chirurgicales de grossesses."

Cet été Meg Autry a donc lancé une Association : PRROWESS (qu'on peut traduire en français par Protection des droits reproductifs des femmes menacés par les lois des Etats). Elle a aussi lancé une levée de fonds avec un site internet où les dons commencent à 10 dollars. Vingt millions en tout sont nécessaires pour ce projet pour acheter et aménager un bateau et couvrir tous les frais notamment d'assurance.

Quand elle commence ses études de médecine à la fin des années 1970 et début des années 1980 - d’abord en biologie, psychologie puis en médecine et enfin en gynécologie-obstétrique - Meg Autry n’imagine pas voir, un jour, son activité menacée par la loi et encore moins risquer sa propre liberté en exerçant ce métier. Depuis 30 ans, elle accompagne naissances et IVG, pendant quelques années elle préside aussi l’association qui regroupe tous les professionnels de son secteur. Surtout, elle enseigne à l’université de Californie de San Francisco, une université qui forme spécifiquement des médecins - avorteurs et récolte les organes des fœtus. À plusieurs reprises, ces dernières années, elle sent la menace s’approcher, notamment avec l'annulation de certains crédits de recherche sous la présidence de Donald Trump. En juin, voyant que cela devient une réalité, elle se décide à agir. S'inspirant notamment d'une ONG néérlandaise, Women on Waves, qui pratique depuis 1999 déjà, des avortements dans les eaux internationales, en s'approchant des pays où c'est interdit.

Elle s'est entourée de juristes et d'avocats. Le code pénal d’un pays ne s’applique plus lorsqu'on navigue au-delà de ses eaux territoriales. Ils ont interrogé l'équipe du Docteur Gomperts de cette ONG néerlandaise. Meg Autry a compris qu'ils pouvaient légalement donner aux patientes certains médicaments interdits au sol. Qu'ils pouvaient les acheminer par drone, ou les embarquer dans certains ports comme du courrier. La gynécologue est désormais incollable sur les eaux fédérales du Golfe du Mexique où les lois des États ne s'appliquent pas : à condition d'être à neuf milles nautiques des côtes du Texas et à trois milles nautiques des côtes de l’Alabama, de la Louisiane et du Mississippi. Son projet devrait voir le jour d'ici un an avec si tout va bien, une vingtaine de patientes accueillies gratuitement chaque jour.

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