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Et si la crise chypriote profitait au Front national ?

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Les regards sont tournés vers Chypre dont le Parlement se prononce mardi sur le plan de sauvetage que la zone euro veut imposer à l'île méditerranéenne. En jeu, la très impopulaire taxe sur les dépôts bancaires imaginée par le FMI et les ministres des Finances de la zone euro, qui ont fait lundi soir en partie machine arrière.
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Radio France
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Le FMI et les ministres des finances de la zone euro ont demandé à Chypre de ne plus taxer les déposants en-dessous de 100.000 euros. Epargner les petits épargnants : pas sûr que ce demi-rétropédalage suffise à éteindre l'incendie qui gagne tous les pays européens.

Taxer tous les comptes bancaires, en contrepartie d'un prêt
de 10 milliards d'euros, cette expérimentation fait l'unanimité contre elle. Tout
le monde s'y met, les milieux bancaires, les opinions publiques, et les
oppositions politiques qui pointent le risque de ruée vers les guichets, à
Chypre et ailleurs.

Une panique provoquée par le franchissement d'une ligne
rouge, les comptes dans la zone euro étant jusqu'ici garantis à hauteur de 100.000 euros. Et à la clé, une défiance accrue contre la monnaie unique et contre le
projet européen.

Les justifications de cette taxation

A la tête de l'Etat français, on a d'abord justifié cette
mesure, présentée comme le seul moyen de mettre à contribution les avoirs
étrangers à Chypre. Avoirs russes, notamment, d'origine douteuse éventuellement
et représentant près de la moitié des dépôts bancaires dans l'île.

"L'Eurogroupe a fait ce qu'il avait à faire ", a
d'abord commenté le ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici. C'était
vendredi. Depuis, changement de braqué face à la colère des épargnants, et à
l'inquiétude qui grandit. Il s'agit de donner des gages.

J'ai milité pour que les petits déposants soient
épargnés. Je me suis beaucoup battu pour qu'il y ait des efforts moindres qui
soient demandés, pour que l'on évite que les déposants soient trop taxés

Le ministre de l'Economie mis en garde sur sa gauche par le
porte-parole du parti communiste Olivier Dartigolles : "Je crois que
le ministre Moscovici se trompe en défendant ce type de politique. Je pense que
le logiciel social libéral européen porté par François Hollande nous envoie
dans le mur. On a voté majoritairement dans ce pays pour une autre politique.
"

Une autre politique

C'est ce que dit proposer le Front national
qui, à l'instar des autres partis extrémistes européens, fait son miel
politique de la crise chypriote, sur le mode "on vous l'avait bien
dit
". "Cela fait des années qu'on nous dit qu'il n'y a pas
de risque de contagion et puis à chaque fois ça nous arrive,
" explique Florian Philippot, vice-président du FN.

Ils ont créé un
tel monstre où toutes les économies sont interdépendantes, cela s'appelle la
zone euro, qu'ils ont fait un système dans lequel l'euro, présenté comme gage
de sécurité, est en train de devenir l'instrument d'une déstabilisation
générale

Florian Philippot, convaincu que cette crise va donner des
voix supplémentaires au FN lors des européennes en 2014. Le FN, qui ambitionne
de devancer le PS et l'UMP, propose une solution radicale : la sortie de la
zone euro.

Une idée fantaisiste répliquent les partis de gouvernement, à l'image
du député UMP Laurent Wauquiez, ancien ministre chargé des Affaires européennes : "Si la France quitte la zone euro aujourd'hui, il faut que tous les
Français sachent que leur compte en banque perdra 20% de sa valeur. Si la France
quitte l'euro, il faut que tous les Français sachent que le pétrole nous coûtera
20% à 30% de plus sur le plein d'essence. Donc quitter l'euro pour la France c'est
une hérésie.
"

L'UMP qui en profite pour tacler le gouvernement, à coup de
comparaisons choc : "Ce que Moscovici a fait à Chypre", affirme encore
Laurent Wauquiez, "il le fait en France via le matraquage fiscal de toutes les
classes moyennes. On marche la tête à l'envers
."

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