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50 milliards : Hollande envoie Valls au front

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Manuel Valls accélère les annonces : François Hollande le laisse monter seul en première ligne sur le plan d'économies.
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Radio France
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Il y a d'abord la mise en
scène, qui a surpris tout le monde. Manuel Valls s'est mué hier en porte-parole
du gouvernement, faisant le job lui-même à l'Elysée, après le Conseil, entouré
des ministres concernés, une semaine avant la date prévue. Une communication au
millimètre : le Premier ministre, dans le  20h de France 2, n'a pas réitéré sa précédente
expérience sur TF1, quand il avait commenté durant une demi-heure chacun des
reportages du journal. Manuel Valls, cette fois, a donné une interview
concentrée afin d'asséner son langage qui se voulait "de vérité".
Utilisant à plusieurs reprises le mode "je", avant de rappeler
qu'il s'agissait tout de même des choix du président de la République.

François Hollande, lors de
son discours prononcé en fin de journée à l'Hôtel de Ville de Paris, a parlé à
propos du plan d'économies, d'une feuille de route "difficile, âpre mais
indispensable", qui ne diffère pas "les décisions
douloureuses". Le chef de l'Etat, dans un premier temps, avait semblé
vouloir se réserver l'exclusivité de ces annonces très impopulaires. Il a finalement refilé la
patate chaude à son Premier ministre.

C'est lui qui va prendre tous les coups ?

Sans doute. Mais Manuel Valls,
visiblement, assume en s'adressant directement, d'une voix ferme, aux classes
moyennes, aux fonctionnaires, aux retraités, pour leur annoncer la douloureuse,
le gel des prestations sociales, et du point d'indice, jusqu'en octobre 2015.
Nous y sommes donc : le dur du sujet, le sang et les larmes, comme le dit
le cliché. L'aile gauche du PS n'a pas aimé la forme. Les députés frondeurs,
qui  pensaient être désormais consultés
avant chaque grande décision, ont appris les mesures à la télé. Ils ont également
détesté le fond, les annonces seraient illisibles, incompréhensibles, surtout après
la sanction des municipales. La colère s'installe dans les rangs du PS. Quant à
Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de Gauche n'a pas manqué l'occasion de
traiter le Premier ministre de "petit huissier de syndic de
faillite", lui qui avait pourtant laissé entendre qu'il demanderait un
délai à Bruxelles. Il faut oublier : le plan d'économies va s'appliquer avec
fermeté, voire brutalité aux yeux de ses détracteurs, de façon à atteindre les
50 milliards de la discorde.

Manuel Valls a cherché à déminer.

En affirmant qu'il ne s'agit
pas de contenter Bruxelles mais d'alléger la dette pour favoriser de la
croissance. Mieux vaut faire mine de s'affranchir de la Commission par les
temps qui courent, à l'approche des élections européennes. Mais Paris doit
faire preuve de bonne volonté avec les 3%, sans le dire ouvertement pour
ménager l'opinion. Le jeu d'équilibriste devient dangereux.

Manuel Valls a déballé son
rabot, la première étape d'un long chemin de croix, celui d'une rigueur non assumée.
Il lui reste moins de deux semaines avant le vote du plan d'économies, le 30
avril, pour détailler à coup de milliards les réformes de structures, et retourner
sa majorité.

François Hollande, comme l'ont
fait ses prédécesseurs, confie à son Premier ministre le sale boulot. Le pari
de Manuel Valls, s'il ne veut pas finir comme Raymond Barre, est que son
langage vérité, les yeux dans les yeux avec les Français, finira bien par
payer.

Nous n'en sommes qu'au début
de l'histoire.

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