Transition énergétique : le français EODEV propose des groupes électrogènes à hydrogène, "une solution parfaitement propre et silencieuse"

L'hydrogène est une filière tricolore qui n'existait pas il y a quelques années. EODEV, spécialisé dans la fabrication de groupes électrogènes hydrogène, est aujourd'hui un des leaders mondiaux. Jérémie Lagarrigue, son directeur général est l'invité éco de franceinfo.
Article rédigé par France Info
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Le directeur général d'EODEV, Jérémie Lagarrigue, était l'invité éco de franceinfo le lundi 12 février 2024. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

La filière française de l'hydrogène se constitue petit à petit, avec de nombreux acteurs et beaucoup d'argent public aussi. Neuf milliards d'euros d'investissement sont prévus d'ici 2030 par la stratégie nationale, pour que la France devienne un champion mondial de l'hydrogène "vert". Cet hydrogène, produit à partir d'énergie renouvelable, doit aider ensuite à décarboner l'industrie et notamment le transport.

EODEV est une entreprise qui fabrique, entre autres, des groupes électrogènes à hydrogène et des solutions embarquées. Elle s'appuie sur la production d'hydrogène vert, mais doit en promouvoir la consommation auprès de ses clients. Le directeur général, Jérémie Lagarrigue, vient nous en parler.

franceinfo : Jérémie Lagarrigue, tout d'abord, racontez-nous la naissance de cette entreprise. J'ai cru comprendre que tout était né sur un bateau.

Jérémie Lagarrigue : Effectivement. EODEV est l'acronyme d'Energie Observer Developpement. Et "Energie Observer" est le premier bateau à réaliser une odyssée de sept ans. Il a commencé en 2017 à faire le tour du monde pour sensibiliser un maximum de personnes sur la transition énergétique, sur la nécessité de rallier les hommes et le vivant aujourd'hui, en respectant l'environnement. Et donc ce bateau va terminer son odyssée de sept ans autour du monde pour les JO 2024. Pour que le bateau puisse exister, on avait besoin de stocker l'énergie, les nouvelles énergies, à partir d'une solution. On a essayé de le faire d'abord dans des batteries. Il s'avère qu'avec des batteries, le bateau aurait fait 17 tonnes de plus, donc il n'aurait pas existé. Donc on a commencé à se spécialiser dans l'hydrogène et à s'apercevoir que ça avait énormément de vertus.

Ça a donc commencé en 2017.

Oui, en 2018, ce fut la mise à l'eau du bateau. En 2019, ce fut le lancement de la société EODEV. Et aujourd'hui, donc en 2024, on est leader mondial dans la fabrication de générateurs hydrogène, c’est-à-dire dans la production d'électricité à partir d'hydrogène, pour remplacer ce qui se fait généralement à partir du diesel.

Combien produisez-vous de groupes électrogènes hydrogène ? Quels sont les débouchés ? Y a-t-il déjà beaucoup de clients ?

Oui, il y a beaucoup de clients. On en croise tous les jours dans la plupart des bâtiments dès qu'on a un bâtiment de plus de sept étages, dès qu'il y a un ascenseur, dès qu'il y a des groupes froid dans les supermarchés. Mais on en a aussi dans tout ce qui est événementiel, par exemple des concerts, des travaux publics, ou tout simplement de la recharge de voitures électriques.

Aujourd'hui, si on a besoin d'avoir une prise électrique, mais qu'Enedis n'a pas encore installé de compteur, on a besoin d'avoir ce qu'on appelle de la fourniture d'énergie temporaire. À ce moment-là, ce qu'on fait généralement est d'utiliser un générateur diesel. Notre vocation, justement, c'est de remplacer ces énormes pollueurs par des solutions parfaitement propres et silencieuses, avec des générateurs hydrogène.

Est-ce beaucoup plus cher ?

C'est plus cher à l'achat, à peu près deux fois et demi plus cher. De toute façon, je pense que c'est un des enjeux aujourd'hui de la société : être capable de payer le juste prix de l'énergie, pour être capable de décarboner la planète. Décarboner et dépolluer aussi, en termes de microparticules.

Pour faire cette transition énergétique, il y a notamment de l'argent public. Beaucoup d'argent public a été mis dans l'hydrogène : 9 milliards d'euros au total de la part de la France, sur plusieurs années, c'est énorme. Des entreprises comme la vôtre commencent-elles à voir la couleur de cet argent ?

Ça commence, mais très concrètement, au début, pas du tout. L'argent a d'abord été investi sur la production d'hydrogène. C'est un peu le jeu de l'œuf et de la poule, qui se répète assez souvent. On a besoin d'avoir l'hydrogène pour avoir des consommateurs et on a besoin d'avoir des consommateurs pour avoir de la production d'hydrogène. Donc l'investissement public a d'abord servi à produire massivement de l'hydrogène, notamment de l'hydrogène vert, produit à partir d'énergies renouvelables. Et nous, on vient consommer cet hydrogène. Donc aujourd'hui, un petit message qu'on peut se permettre de passer, c'est qu'il faut évidemment subventionner la production d'hydrogène, mais aussi les usages.

Ce n'est pas le cas aujourd'hui ?

Pas encore mais ça commence. Il y a eu un certain nombre de soutiens aujourd'hui, avec des écosystèmes territoriaux. Il y a vraiment dans un plan hydrogène qui est en train d'être rédigé actuellement par le gouvernement, qui vise justement à mettre tout ça en place. Il y a aussi des plans plus régionaux ou locaux.

C'est cet argent public que vous pouvez capter.

Exactement, la région Île-de-France aujourd'hui nous a subventionnés pour implanter notre usine dans la région, au sud de Paris. Elle nous soutient également dans le plan Nouvel Air. Vous savez qu'il y a un vrai enjeu, aujourd'hui, en région parisienne, c'est la qualité de l'air, notamment pour tout ce qui est émissions de microparticules. Justement, nos générateurs sont parfaitement propres et la qualité de l'air est même améliorée parce qu'on va filtrer l'air qui passe dans notre machine. La région Île-de-France décerne des bonus aujourd'hui pour toutes les organisations, les événements qui vont utiliser nos solutions.

Ce soutien de la région vous incite-t-il à consolider votre installation en Île-de-France ?

Oui, il y a un vrai enjeu aujourd'hui de compétition nationale, européenne et mondiale. Les États-Unis et le Canada, par exemple, ont mis en place des énormes plans de subvention à l'installation d'usine puis à la production en série. On n'a pas des véhicules qui sont aussi puissants encore aujourd'hui en France et en Europe. Mais effectivement, on a rencontré un certain nombre de ministères aujourd'hui qui font tout leur possible pour pouvoir nous aider et faire en sorte qu'on puisse faire partie des champions français de la transition énergétique.

Pensez-vous que la France fait partie de la compétition mondiale concernant l'hydrogène ?

Actuellement, on est un des leaders mondiaux dans la production de générateurs hydrogène. Il faut savoir qu'en France, on a la chance d'avoir un réseau qui est très stable, très peu carboné. Ce n'est pas le cas dans le monde entier. Quand je parle de générateurs diesel, ça ne parle pas forcément à tout le monde. Par contre, si vous dites ça en Afrique du Sud par exemple, c'est trois heures d'électricité stables par jour. À l'inverse d'ici, ils vont plutôt fonctionner à 70% du temps sur des générateurs diesel. C'est aussi le cas aux États-Unis. Vous n'avez pas une maison sans un générateur diesel attaché à la maison.

Vous vous êtes alliés au constructeur japonais Toyota. Qu'est-ce que ça vous apporte ?

Énormément de crédit. Toyota a une image de qualité, de robustesse, de fiabilité, qu'on a besoin d'avoir quand on veut développer un marché, quand on veut remplacer les moteurs diesel qui sont très connus par une nouvelle solution qui est une pile à combustible. On a besoin d'avoir une marque de renom.

Quand on a lancé notre entreprise, on a évidemment voulu développer des solutions françaises. On est un des seuls acteurs hydrogène aujourd'hui, avec un certificat d'origine France garantie. Il y a des acteurs français aujourd'hui qui sont en train de se mobiliser pour être capables de rattraper notamment Toyota et d'autres acteurs coréens. Mais il y a encore un "gap" aujourd'hui. Ce qui fait que si on veut être compétitif par rapport au diesel, aujourd'hui, le meilleur acteur, c'est Toyota.

Sachant que vous faites 85% de votre chiffre d'affaires à l'international. Merci beaucoup Jérémie Lagarrigue, directeur général d'EODEV.

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