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L'info de l'Histoire : les grèves des éboueurs et le ramassage des ordures dans l'histoire

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Article rédigé par franceinfo - Fabrice d'Almeida, historien
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Des poubelles entassées sur les Champs-Elysées, à Paris, le 19 avril 1977. (KEYSTONE PICTURES USA / MAXPPP)

Le conflit des éboueurs bouleverse le quotidien de plusieurs grandes villes de France depuis plusieurs semaines. Une colère qui n'est pas récente : un grand conflit avait déjà été observé en 1947. Ce 13 novembre 1947, il avait pris le nom de "grève des boueux", le mot qu'on utilisait à l'époque : les "boueux" étaient ceux qui nettoyaient les boues urbaines depuis le Moyen Âge.

A l'époque déjà, les grands conflits portent sur les salaires car il s'agit d'une catégorie sociale très souvent sous-estimée. Embauchés par les municipalités dans des services de nettoyage, ils figurent généralement au même registre que les cantonniers. En réalité, quand on les regarde de près, ce sont des gens très modestes.

Au coeur des revendications, un meilleur salaire

Si on essaie de comparer au salaire actuel, les éboueurs de l'époque gagneraient aujourd'hui l'équivalent de 1 000 euros : ils sont donc moins bien payés à l'époque qu'ils ne sont aujourd'hui, où ils sont rémunérés généralement au-dessus du Smic. On verra donc se déployer depuis un grand combat qui explique des grèves à répétition des éboueurs, pour arriver à parvenir à l'égalité salariale.

Les grèves se multiplient dans les années 1970 après le grand mouvement de 1968. Puis en 1970, en 1972, 1974 à Lille, 1975 et 1976 à Paris. Puis en 1978 après les premières élections municipales dans la capitale, où Jacques Chirac est confronté à une gigantesque grève des éboueurs. Il en connaitra plusieurs et cèdera toujours, bien conscient qu'il faut un rattrapage pour cette catégorie sociale : il surviendra à la fin des années 1980. Un autre problème se pose : la profession a été très largement confiée aux travailleurs immigrés : dès les années 1970, plus de 80 % de ceux qui ramassent les poubelles en France sont des immigrés et pour eux, il y a un statut intermédiaire. Ils ne sont pas titulaires et parfois ils sont embauchés par des sociétés privées qui vont réaliser le ramassage des ordures, notamment dans la capitale, et donc réduire la place des grands services urbains.

Les revendications d'autrefois ressemblent à celles d'aujourd'hui

La grève sur la question des retraites surviendra de manière massive en 2003, où le gouvernement Raffarin veut accroître l'âge de la retraite. C'était François Fillon qui menait la bataille. Il y aura effectivement une grève d'éboueurs. Avec les mêmes problèmes, et exactement les mêmes discussions que celles entendues ces derniers jours. Et les arguments échangés à l'époque étaient les mêmes pour les éboueurs : trouvait-on normal, disait un syndicaliste marseillais, que des éboueurs prennent leur retraite à 65 ans ? Comme aujourd'hui, on veut alors que ces catégories qui souffrent et qui sont dans la pénibilité aient une reconnaissance de leur travail.

Il existe une grosse différence : en 1947, par exemple, c'était surtout des espèces de plantes des champs qui étaient dans Paris, comme des espèces de tapis végétaux, qui constituaient l'essentiel des détritus à l'époque. Il n'y avait pas tous les plastiques d'aujourd'hui, cet océan d'emballages qui nous a envahis et qui explique que nous avons aujourd'hui dans les rues de véritables montagnes de détritus et non pas des champs comme c'était le cas en 1947. Les thèmes sociaux demeurent, mais en réalité, la technique et la technologie a vraiment changé.

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