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Kweku Adoboli, un nouveau trader devant la justice

A Londres, le procès de Kweku Adoboli débute aujourd'hui. Cet ancien trader de la banque suisse UBS est soupçonné de fraude géante, comme Jérôme Kerviel en France.

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Kweku Adoboli est accusé d'avoir fait perdre à UBS 1 milliard 800 millions d'euros. L'ancien trader comparaît pour "abus de position" et "fraudes comptables" . Il risque dix ans de prison. Sa nouvelle vie est l'exact contraire de l'ancienne : il y a un an encore, Kweku Adoboli passait pour un employé modèle, un symbole de réussite. A 31 ans, il vivait à Londres, dans un quartier chic, dans un bel appartement. Il payait le loyer sans difficulté, 5500 euros par mois. Aujourd'hui, il porte un bracelet électronique et il est hébergé chez un ami.

Comme Jérôme Kerviel, le trader était discret. Comme le Français, pourtant, il manipulait des sommes gigantesques. Comme lui, encore, il a vu arriver la catastrophe. Sur sa page facebook, quelques jours avant d'être arrêté, l'an dernier, il écrivait  : "j'ai besoin d'un miracle".

Le miracle n'a pas eu lieu. Adoboli est tombé. Son procès commence aujourd'hui. Il va durer plusieurs semaines. L'ancien trader a décidé de plaider "non coupable" . La banque suisse UBS, elle, n'est pas sur le banc des accusés. Mais elle va passer un moment difficile. Car à l'audience, il va falloir expliquer comment un employé a pu engager plusieurs milliards d'euros sans être repéré.
 
Adoboli travaillait dans un service très particulier : la division "Delta One". Dans le journal "Le Monde" , l'an dernier, Marc Roche énumérait les qualités et les défauts nécessaires pour en faire partie : "l'assiduité, le flair, l'âpreté au gain, une infernale baraka". Et surtout : "une culture casino" . Les traders étaient encouragés à prendre des paris. Savez-vous qui dirigeait le contrôle des risques ? Maureen Miskovic, une ancienne responsable de Lehman Brothers, la banque qui a provoqué la crise financière de 2008.

Depuis que l'affaire Adoboli a éclaté, UBS essaie de redorer son image. Elle affirme qu'elle a renforcé les contrôles. Le directeur général a fini par démissionner. Mais d'autres affaires ont surgi. Chez JP Morgan, par exemple : un groupe de traders a perdu plusieurs milliards d'euros. Certains employés ont été licenciés, comme le Français Bruno Iksil, surnommé "la Baleine de Londres" . Les autorités américaines ont ouvert une enquête. Plus grave encore, sans doute, l'affaire du Libor, la manipulation des taux interbancaires. Là, plusieurs établissements sont impliqués.

Les contrôles sont-ils plus efficaces ? Pour Nick Leeson, la réponse est claire. Dans les années 1990, ce courtier avait provoqué la faillite de la banque Barings. Selon lui, "les comportements empirent. Il y a de plus en plus de traders voyous. Cette culture se développe sans contrôle".

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