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Jean-Jacques Goldman refuse qu'une école porte le nom de son père

C'est l'histoire d'une famille. Des juifs polonais immigrés en France. En 1925, Alter Goldman est jeune. Il vient gagner sa vie. Il s'installe à Trémuson, dans les côtes d'Armor. Ici, les mines de plomb argentifère fournissent du travail à tous ceux qui en veulent.

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Le métier est pénible. Il faut extraire le minerai pour produire des lingots d'argent. Une vie de prolétaire. Alter Goldman passe plusieurs mois en Bretagne avant de déménager à Paris. Il devient ouvrier mécanicien. Pendant la guerre, il est résistant et sera d'ailleurs décoré. Son fils Jean-Jacques Goldman vient au monde en 1951.

C'est ce père, travailleur immigré épousant la France, que la commune de Trémuson a voulu honorer. Vous lirez les détails dans Ouest-France, dans l'article de Jean-Yves Hinault. Il y a quelques mois, le maire du bourg écrit à Jean-Jacques Goldman. Il veut que l'école de Trémuson porte le nom de son père, Alter Goldman. Il demande donc l'autorisation au chanteur. Et là, surprise : Jean-Jacques Goldman refuse. Il se dit "très touché" , mais il décline la proposition. D'abord parce qu'Alter Goldman a passé seulement six mois à Trémuson ; ensuite parce qu'il "est le père de Pierre".

Pierre Goldman, le demi-frère de Jean-Jacques. Militant communiste dans les années 1960. Délinquant. Auteur de plusieurs braquages. En 1969, une pharmacie est attaquée à Paris, boulevard Richard-Lenoir. Deux pharmaciennes sont tuées. Pierre Goldman est accusé. Il nie toute participation. L'affaire est très médiatisée. Elle divise l'opinion publique, en plein affrontement idéologique entre l'extrême-gauche et l'extrême-droite. Le jeune homme est jugé une fois, deux fois. Pour le meurtre des pharmaciennes, il est acquitté. Pour les autres braquages, il est condamné. En prison, il écrit son autobiographie : les "souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France". Le livre a du succès. Pierre Goldman est libéré. Mais son passé lui colle à la peau : en 1979, des tueurs l'assassinent à Paris.

Ce passé et cette atmosphère, Jean-Jacques Goldman ne les a pas oubliés. Le chanteur le dit très simplement au maire de Trémuson. Vous le lirez également dans Ouest-France : "j'ai peur, écrit-il, que votre initiative soit utilisée par ceux que vous voulez combattre, ceux qui assimilent immigration et délinquance". Trente-trois ans après l'assassinat de Pierre Goldman, et les affrontements des années 1970, ce passé a encore un goût amer.

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