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En Tunisie, le bras de fer entre un doyen d'université et des salafistes

Une étudiante qui porte le niqab accuse Habib Kazdaghli, le doyen de l'université de la Manouba, de l'avoir giflée.

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Ce procès passionne la Tunisie. D'un côté, il y a Habib Kazdaghli, le doyen de la faculté de la Manouba, dans la banlieue de Tunis. De l'autre, il y a une étudiante qui porte le niqab. Au mois de mars, cette jeune femme a été exclue de l'université, précisément parce qu'elle portait le niqab pendant les cours. L'étudiante est alors entrée dans le bureau du doyen, avec une de ses amies, et selon l'universitaire, les deux jeunes femmes ont saccagé le bureau. L'étudiante affirme que le doyen l'a giflée. Habib Kazdaghli conteste cette accusation. Il va pourtant comparaître devant la justice. Il est poursuivi pour "acte de violence commis par un fonctionnaire dans l'exercice de ses fonctions". Il risque jusqu'à cinq ans de prison.

En quelques mois, cette affaire est devenue un symbole, une incarnation du bras de fer entre les salafistes et les défenseurs de la laïcité. Si elle a éclaté à la faculté de la Manouba, ce n'est pas un hasard. Cette grosse université, où la mixité est la règle, concentre les attaques des militants islamistes. Il y a un an, des salafistes ont organisé un sit-in pour exiger que les étudiantes en niqab puissent accéder aux cours. Depuis, sur le campus, les tensions sont exacerbées. Dans l'hebdomadaire Marianne, Habib Kazdaghli résume la situation : "le niqab à la Manouba est un pretexte pour imposer un nouveau projet de société à la Tunisie". Il dénonce l'ambition des salafistes : séparer les filles et les garçons.

Personne ne s'y trompe. Ni le pouvoir tunisien, ni les défenseurs de la laïcité. Le parquet aurait pu calmer le jeu. Mais au mois de juillet, il a alourdi les poursuites contre le doyen. L'universitaire refuse de se laisser faire. Il reçoit de nombreux soutiens. La ligue des droits de l'homme, des associations, des intellectuels prennent la parole pour le défendre. D'ailleurs, une manifestation aura lieu jeudi matin, devant le tribunal de la Manouba. Preque deux ans après la révolution, la décision de la justice, dans cette affaire, sera un test pour la Tunisie.

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