L'histoire du jour, France info

Au ministère du Travail, des milliers d'e-mails pour exprimer le malaise

Quand le "répondre à tous" transforme les échanges d'emails au ministère du Travail en vaste forum sur le malaise des agents de cette administration.

Franceinfo
Franceinfo (Franceinfo)

Au début, il y a un message. Un seul. Le 12 décembre dernier, au ministère du travail, un syndicat adresse un courrier électronique à 15.000 employés. Beaucoup de destinataires, donc, et un simple clic pour "répondre à tous" : il suffit d'un geste et tout le monde reçoit votre réponse. 

C'est ce qui arrive ce jour-là au Ministère du Travail. Après ce premier message, des fonctionnaires se répondent les uns les autres. Que disent ces courriels ? "Bonjour à tous", "bonnes fêtes". Un employé propose une recette de dinde aux marrons, un autre en profite pour essayer de vendre sa voiture. Sur le site Rue 89, Nicolas Combalbert raconte la suite : en quelques heures, la messagerie du ministère du travail devient un vaste forum. Elle est engorgée, elle est ralentie. Au bout de trois jours, les e-mails accusent encore vingt minutes de retard. La direction demande alors aux agents de ne pas utiliser la messagerie à des fins personnelles. 

L'histoire ressemble à une blague ; elle aurait pu en rester là. Mais un nouvel épisode débute il y a quelques jours. Le 31 mars, l'intersyndicale adresse un message à 8.000 employés. Elle s'inquiète des conditions de travail. Aussitôt, des agents répondent, comme au mois de décembre. Mais cette fois, ils racontent leur quotidien et leur désarroi professionnel. Rue89 les cite : "L'Etat nous pousse à bout ", "Non au travail qui tue, non au silence ! ", "J'ai l'impression de perdre pied ". L'ambiance est pesante. A Lille, au mois de janvier, un inspecteur du travail s'est suicidé. Un autre employé s'était donné la mort, lui aussi, quelques mois plus tôt.  

Face à l'avalanche de courriers, la direction finit par réagir. Les envois collectifs sont filtrés et vendredi, tous les agents reçoivent une lettre. Vous la lirez sur Rue89 : les fonctionnaires qui détournent la messagerie prennent "le risque de se placer au minimum dans une situation de faute professionnelle " et "certaines infractions peuvent même relever du pénal ". L'avertissement est clair. Les messages vont sûrement être moins nombreux. Mais des milliers d'agents ont l'impression d'avoir enfin brisé le silence.

Franceinfo
Franceinfo (Franceinfo)