Volée il y a trente ans, une tablette d’argile mésopotamienne vieille de 3 500 ans vient d’être restituée à l’Irak

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Elle porte un fragment du texte de l’Épopée de Gilgamesh, le plus ancien récit épique connu. Mardi 7 décembre, elle est arrivée à Bagdad et fait partie des 17 800 pièces archéologiques rendus par les États-Unis à l’Irak cette année.  

Article rédigé par
Marion Lagardère - franceinfo
Radio France
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La tablette de Gilgamesh, tablette d'argile cunéiforme mésopotamienne vieille de 3 500 ans.  (SABAH ARAR / AFP)

C’est une tablette d’argile de cinq centimètres d’épaisseur pour 15 centimètres de haut et 12 centimètres de large, portant un texte cunéiforme écrit en akkadien d’une valeur inestimable : celui de la plus ancienne épopée connue, écrite il y a 4 000 ans, donc 1 000 ans avant l’Odyssée d’Homère, l’Épopée de Gilgamesh, l’histoire d’un roi mi-homme mi-dieu, qui part en quête de l’immortalité. Cette tablette n’est qu’un fragment de l’Epopée. C’est le poème sur le rêve de Gilgamesh, qui a été trouvé par des archéologues au XIXe siècle dans les ruines de la bibliothèque du roi Assurbanipal, une pièce qui appartenait à l’Irak, jusqu’en 1991 donc, lorsque l’invasion du Koweit par Saddam Hussein a déclenché la riposte des États-Unis la coalition internationale, entrainé la guerre, et les pillages qui vont avec.

Comme d’autres pièces archéologiques majeures, la tablette a disparu. Et puis, en 2001, elle a été vendue en Angleterre à un marchand d’art américain, qui l’a lui-même revendu en 2003 à un collectionneur privé, avant qu’en 2014, le musée de la Bible à Washington ne la rachète pour 1,6 millions de dollars. Mais la provenance interpelle l’un des conservateurs du musée, les papiers sont douteux, il en informe les autorités américaines qui saisissent l’œuvre en 2019 et ont décidé cette année de la restituer à l’État Irakien, comme 17 800 autres pièces volées, perdues et soudainement retrouvées. Parce qu’il n’y a pas que cette tablette. L’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 et plus récemment le terrorisme de l’État Islamique ont provoqué le pillage à grande échelle de centaines de milliers de trésors arrachés à ce berceau de la civilisation orientale et revendus illégalement.

"Cette journée représente une victoire face aux tentatives de ceux qui essayent de voler notre grande Histoire et piller notre civilisation ancienne"

Fouad Hussein, chef de la Diplomatie irakienne

à Bagdad, en conférence de presse

Mardi 7 décembre, à Bagdad, lors de la présentation de la tablette, le chef de la diplomatie irakienne a salué cette victoire parce qu’on a là bien plus qu’un morceau d’argile. L’Épopée de Gilgamesh, c’est l’histoire avant la Bible, avant l’Odyssée, avant le Coran. On y trouve nombre d’aventures qui ont inspiré d’autres textes, comme le récit du Déluge, ou la traversée des enfers. Voilà pourquoi sa place n’est pas dans une collection privée, mais dans un musée. Un musée irakien, en Mésopotamie.

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