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Quand les politiques s'en prennent à Stéphane Richard

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Les affaires politico-financières font encore la une de l'actualité et plus précisément Stéphane Richard, le PDG d'Orange mis en examen hier dans l'affaire Tapie, pour escroquerie en bande organisée. Les politiques se mêlent de son sort.
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Radio France
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La ministre déléguée à l'Economie numérique a jeté une formule ce matin qui en dit long:

Fleur Pellerin a dit que la question du maintien de Stéphane Richard à la tête d'Orange ... "la question était posée".

Une phrase qui n'est ni anodine ni prononcée au hasard. Elle va forcément fragiliser le patron mise en examen. Or, c'est le conseil d'administration où l'Etat est  minoritaire qui doit décider de l'avenir de Stéphane Richard. Et c'est Stéphane Richard, en personne qui doit convoquer ce conseil d'administration.
D'où l'utilité de mettre la pression sur le PDG d'Orange.
Fleur Pellerin a même précisé comme l'avait fait l'entourage du Premier ministre dès hier-soir que ce conseil d'administration se réunirait dans les jours qui viennent, en début de semaine prochaine pour être précis.
Mais tout n'est pas aussi simple.
En effet, cette pression du gouvernement ne veut pas dire qu'il veut pousser Stéphane Richard dehors, mais qu'il veut que pour Orange, les choses soient claires que l'entreprise ne soit pas affaiblie par cette affaire.
Pierre Moscovici l'a précisé, le choix de maintenir ou non Stéphane Richard à la tête d'Orange ne sera dicté que par l'intérêt du groupe.
Dans l'opposition, Jean-François Copé, le Président de l'UMP ne dit pas autre chose.
Il faut voir si la situation de Stéphane Richard lui permet encore de diriger son entreprise, a-t-il indiqué ce matin.
Stéphane Richard, précise bien Jean-François Copé a le droit comme tout le monde à la présomption d'innocence.

Il faut dire que certains à gauche ne se donnent pas ce mal.

Christian Eckert, par exemple, député PS et rapporteur général du budget estime que Stéphane Richard ne peut pas rester à la tête d'Orange.

Alors ça, c'est le volet Stéphane Richard, PDG d'Orange, ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde qui est intervenu dans l'arbitrage en faveur de Bernard Tapie.

Mais sur le fond de l'affaire Tapie, sur les 403 millions d'euros qu'a touché l'homme d'affaire, le gouvernement s'en est mêlé encore un peu plus aujourd'hui.

Plus l'affaire avance sur le plan judiciaire, plus l'Etat effectivement s'implique dans le dossier.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a confirmé que l'Etat allait contester l'arbitrage trop favorable à Bernard Tapie, trop défavorable pour les contribuables.
Après s'être porté partie civile dans le dossier, l'état va donc engager un recours en révision contre l'arbitrage contre le versement de plus de 400 millions d'euros à Bernard Tapie.

"Nous contestons et continuons de contester l'arbitrage" a expliqué aujourd'hui Jean-Marc Ayrault.

Pour le Premier ministre, il ne s'agit pas de trancher sur le fond, savoir si Bernard Tapie méritait de recevoir de l'argent, mais sur la forme. Sur le recours à un accord sans passer par la justice ordinaire.
Une initiative que François Bayrou a salué.
Le Président du Modem fut l'un des premiers, avec son ami Jean Peyrelevade l'ancien PDG du Crédit Lyonnais à dénoncer l'arbitrage.

François Bayrou a estimé cet après-midi que l'Etat avait le devoir de présenter un recours de la manière la plus efficace pour qu'il réussisse.

Il faut dire que ces procédures sont délicates et peuvent durer très longtemps.

Mais l'affaire Tapie va au delà. De l'homme d'affaire et de ses 400 millions?

Oui, il y a le motif de la mise en examen de Stéphane Richard hier, l'escroquerie en bande organisée. Une bande que certains semblent déjà avoir identifiée.
Pour revenir à la ministre déléguée, Fleur Pellerin, elle a aussi dénoncé l'accumulation des affaires, en les citant, l'affaire Guéant, l'affaire Tapie, l'affaire Bettencourt.
Fleur Pellerin a parlé ce matin d'un système organisé, mis en place par le pouvoir il y a 10 ans et elle était très précise : il s'agissait d'un système organisé de financement illicite de campagne et d'enrichissement personnel.

"Il y a quand même une série d'évènements récents" a-t-elle dit, "qui mettent en lumière l'action d'un homme ou d'une personne"

La seule chose que n'a pas faite finalement Fleur Pellerin ce matin,c'est de désigner ce chef de bande.
Tout le monde pense bien sur à Nicolas Sarkozy.
L'UMP demande ce soir à Fleur Pellerin de présenter ses excuses.
Mais d'autres partis d'opposition enfoncent le clou, à leur tour.
Le Parti communiste demande que l'enquête remonte à la source de cette affaire.
Pour le porte-parole du PC, Olivier Dartigolles:

"la source de toute cette affaire, c'est une oligarchie politico-financière qui pensait agir en toute impunité".

C'est donc Nicolas Sarkozy qui, la aussi, est visé
François Bayrou est aussi de cet avis. Il a expliqué aujourd'hui que:

"quand on met tous les pouvoirs entre les mains d'un seul homme ou d'un seul groupe, ils sont pris par un sentiment d'impunité absolu et ils ont l'impression que personne n'ira découvrir leurs actes"

L'enquête, les enquêtes sont donc en cours.
Il y a des mises en examen, présumé innocent jusqu'à preuve du contraire.
Mais le procès des années Sarkozy redouble depuis ce matin.

 

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