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Livres politiques, quand moi est un autre

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Dans son dernier livre qui sortira mercredi prochain, "Moi, l’homme qui rit" chez Flammarion, le journaliste Serge Raffy écrit à la première personne à la place de François Hollande. Le procédé avait également été utilisé par Françoise Degois, dans son livre "Quelle histoire" chez Plon. Un choix journalistique intéressant.
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Radio France
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C’est un artifice d’auteur, un artifice de journaliste qui apporte une touche romanesque au compte-rendu d’une enquête très classique et rigoureuse. Comme s’il fallait recourir à cette figure de style pour aborder la vie intime de leur objet d’étude. Car ce qui est amusant dans ces deux livres, c’est de voir que ce recours à la première personne, et donc à la fiction romanesque, apparaît nécessaire pour aborder la vie privée de leurs personnages : François Hollande et Ségolène Royal.

Serge Raffy est déjà l’auteur d’une biographie du président de la République. Lequel lui a largement ouvert ses portes depuis une dizaine d’années. Mais ce court  récit, de moins de 200 pages, aborde des aspects intimes jamais révélés de François Hollande. D’ailleurs, cette fois-ci, le président n’a pas collaboré au projet, et encore moins livré ses confidences.

Livre politique ou d’un livre people ?

C’est un livre politique, qui livre des clés sur les déboires people de François Hollande. Il y est évidemment question de Valérie Trierweiler, en terme peu aimable : "une Mata Hari de l’affect" en proie à "une indécence pathologique". Le baiser de la victoire, à la Bastille en 2012, devient le "baiser de la mort" à l’origine de bien des incompréhensions politiques entre François Hollande et les Français.

Le Président de Serge Raffy se lamente : "Je n’aurai jamais dû la laisser s’approcher de moi". Globalement le livre apparaît comme une œuvre de réhabilitation humaine et politique de François Hollande, qui ne tombe pas si mal, après le best seller de la rancune. Une tentative sans concession pourtant, dans laquelle François Hollande considère qu’un "problème mis entre parenthèse s’auto-dissout" et admet : "à la moindre contrariété, je joue la montre". Mais une réhabilitation qui valorise aussi François Hollande : "seul homme politique occidental à avoir mesuré le danger de la création d’un sanctuaire djihadiste au cœur du Sahel. Et à agir".

Françoise Degois apparaît tout aussi intransigeante vis-à-vis de Ségolène Royal et François Hollande dans son récit de l’ascension de ce couple politique mythique. Elle aussi imagine leurs pensées, et elle aussi lance quelques coups de griffe mais au final, le livre dévoile une humanité plutôt sympathique de ses héros.

La volonté de rétablir certaines vérités intimes, secrètes

Ni François Hollande ni Ségolène Royal n’ont donné leur accord à ces ouvrages, ils n’y ont pas participé. Ce que l’on sent à la lecture de ces deux livres, c’est la volonté de leurs auteurs de rétablir certaines vérités intimes, secrètes, mais qui ne desservent pas forcément leur sujet. On peut aussi les lire comme une lettre ouverte à leurs héros, comme si ces observateurs  voulaient briser, à leur place, le mystère dont s’entourent volontairement et à tort, Ségolène Royal et François Hollande, aux yeux de leurs biographes.

C’est aussi le récit de la frustration de ceux qui approchent ces personnages publics aux états d’âme secrets. Certains proches ou ministres produisent des livres emplis de rancœur, à peine ont-ils franchi la porte des palais de la République, comme Cécile Duflot, ou bientôt Delphine Batho et peut-être Aquilino Morelle. Ces deux journalistes auteurs des récits informés, prennent le temps de murir le roman de leur enquête. Il en va des livres comme des bons repas. Certains se dévorent mais restent sur l’estomac, d’autres se dégustent sans rassasier pour autant. 

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