L'édito politique, France info

La crise grecque tourne à l'affrontement politique franco-français

Les critiques de la position du gouvernement ne sont pas nouvelles, mais elles s'exprimaient jusque-là mezzo voce. Et c'est Nicolas Sarkozy qui lance un pavé dans la mare ce mercredi...

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 Le chef de file de l'opposition accorde une interview au journal Le Monde, un entretien fleuve dans lequel il estime que "la Grèce a suspendu de fait son appartenance à la zone euro ". Une double-page qui lui permet aussi de distiller ses conseils et ses critiques.

Sur le diagnostic d'abord : François Hollande dit que l'économie française est robuste et que la situation grecque ne présente pas de risque pour notre pays, faux pour l'ancien chef de l'Etat qui dénonce un pronostic isolé. "L'exclusion d'un pays membre peut avoir des conséquences d'une gravité que personne ne peut appréhender " dit-il. Sur la réponse à la crise aussi : "Qu'a-t-on fait depuis janvier ? Grosso modo rien , dit l'ancien chef de l'Etat, si ce n'est recevoir en grande pompe M. Tsipras ".

Le docteur Sarkozy délivre au passage son ordonnance. Rien de nouveau, il la prônait déjà quand il était au pouvoir : le renforcement du gouvernement économique de la zone euro.

Nicolas Sarkozy s'immisce donc dans les discussions, quitte à brouiller le message de la France. Rien d'anormal pour son ancien Ministre du budget Eric Woerth : "il faut s’immiscer, c’est le devoir du président de la première formation politique de France qu’est Nicolas Sarkozy. Si la Grèce sort de l’euro, il faut tout faire derrière pour la consolider. C’est une vision, pas un plan B ".

Nicolas Sarkozy dans son rôle d'après Eric Woerth. La majorité ne l'entend pas de cette oreille.

François Hollande a répondu indirectement en refusant "une dislocation de la zone euro ". Il faut un accord avant le référendum grec pour le chef de l'Etat. Le patron du PS, Jean-Christophe Cambadelis dénonce de son côté "l'inaction" de Nicolas Sarkozy quand il était à l'Elysée et son "amnésie". Mais comme souvent c'est de Manuel Valls qu'est venue la réponse la plus cinglante à la tribune de l'Assemblée : "j’invite chacun à faire preuve de retenue. Je m’inscris en faux contre ceux, notamment un ancien président de la République, qui déclarent que la Grèce est sortie de fait de la zone euro. Je souligne en revanche les déclarations responsables de trois anciens premiers ministres : Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon qui savent que dans ces moments-là chaque déclaration compte, surtout quand elle vient de la France ".

Le Premier Ministre qui en profite pour louer l'attitude responsable de Jean-Pierre Raffarin, mais surtout d'Alain Juppé et de François Fillon... Faire monter les rivaux de Nicolas Sarkozy pour tenter de l'affaiblir, la recette est connue alors que dans l'interview l'ancien Président balaie toute une série de sujets internationaux au-delà de la Grèce : Syrie, relations avec la Russie, écoutes de la NSA. Il défend son action en Libye aussi, son bilan, sa vision en matière de politique étrangère... Comme un air de pré-campagne présidentielle...

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