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Génération miroir

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Arnaud Montebourg retourne à l’école. Cécile Duflot tourne le dos à ses anciens collègues ministres. Benoît Hamon s’inquiète de l’action du gouvernement. Deux ans et demi après l’élection de François Hollande à l’Élysée, ses anciens ministres veulent sortir des sentiers battus.
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Radio France
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Duffle-coat et cartable en cuir, grand sourire aux lèvres, Arnaud Montebourg arborait toute la panoplie du lycéen studieux ce matin. Très sagement, il n’a pas tenu de point presse devant les caméras. L’ancien ministre de l’Industrie et du Redressement productif a juste précisé qu’aucun argent public ne participait à sa scolarité dans une grande école de commerce privée. Il en acquitte lui-même une partie.

Arnaud Montebourg cultive la modestie voyante, et assume son pragmatisme. Après avoir été aux manettes politiques pendant deux ans, l’ancien ministre, pourfendeur de Mittal, s’est rendu compte que "diriger une boîte est un vrai métier". Il va donc l’apprendre, endosser le costume d’un apprenti dirigeant durant un mois de formation. 

Retrouver le fil de la réalité

Il n’est pas le seul à briser les codes politiques. Plusieurs responsables politiques ont accepté de se grimer pour mieux comprendre la réalité quotidienne de certains Français. Le tout pour les besoins d’une émission proche de la téléréalité, ce qui a suscité pas mal d’émoi. Thierry Mariani s’en explique : le déguisement, c’est pour ne pas influencer ses interlocuteurs. En fauteuil roulant, le député UMP a ressenti, sans filtre, les problèmes des handicapés. Même chose pour Bernard Accoyer, ancien médecin ORL, qui a expérimenté le stress des urgences.

Politique spectacle ou lucidité de responsables politiques plus ou moins conscients ou inquiets, de perdre le fil de la réalité ?

La présence d’une caméra cachée perturbe sans doute le rendu final de leur expérience, mais le fait est que ces anciens ministres ont pris le risque d’apparaître déconnectés. La diffusion de l’émission de D8 permettra de juger, mais d’ores et déjà, ces élus semblent donner raison à ceux qui les jugent loin des préoccupations des "vrais gens" selon l’expression consacrée par l’ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin. Beaucoup se défendront de vivre sur une autre planète. En vain, sans doute. Car ils ne peuvent nier la défiance grandissante de l’opinion à l’égard de la classe politique. C’est peut-être ce soupçon, d’ailleurs, qui les encourage à adopter ce type d’attitude. 

Contester pour convaincre

D’autres anciens ministres agissent différemment, en retrouvant dès leur départ du gouvernement des accents contestataires de base. Comme Benoît Hamon, l’ancien ministre de l’Education s’inquiétant d’un gouvernement, ses anciens collègues donc, dont la politique "menace la République".

Comme Cécile Duflot, ancienne ministre du Logement se distanciant d’une "tache indélébile" dans l’action du gouvernement après la mort de Rémi Fraisse. La posture lui a valu un soufflet du secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement, où siège désormais Cécile Duflot : " elle a perdu le sens de l’Etat". Ni Benoît Hamon, ni Cécile Duflot n’ont rectifié leur propos.

Le premier secrétaire du PS a parlé de "génération PlayStation" à propos des socialistes qui semblent faire de la politique comme on enchaîne les parties de jeux vidéo, après chaque "game over". Ce serait plutôt une génération miroir qui se plaît à enchaîner des postures réputées conformes aux attentes de son électorat devant la psyché médiatique.  

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