ÉDITO. Marche contre l'antisémitisme : la République a fait bloc sans son président

Dimanche 12 novembre, 182 000 Français ont répondu à l'appel de la grande marche contre l'antisémitisme, lancé par les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, après l'explosion d'actes antisémites en octobre. Une réussite au niveau de la participation mais aussi de l'ambiance.
Article rédigé par Renaud Dély
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Manifestation contre l'antisémitisme sur la place du Capitole à Toulouse, le 12 novembre 2023. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Ces marches contre l’antisémitisme organisées dimanche 12 novembre, à Paris et dans de nombreuses villes de France, ont été sans aucun doute une réussite. D’abord en raison de l’affluence, 105 000 personnes à Paris, 182 000 dans toute la France, selon le ministère de l’Intérieur. C’est une mobilisation importante, qui montre que les Français juifs ne sont pas isolés et que la République fait bloc, avec eux, à leurs côtés, face à l’explosion des actes antisémites depuis le 7 octobre, date des massacres commis en Israël par les terroristes islamistes du Hamas. C'est aussi un vrai succès concernant l’atmosphère : un défilé calme, recueilli, solennel, presque silencieux. Seulement ponctué de quelques Marseillaise et de salves d’applaudissements spontanés, sans cri de haine, sans aucune violence, une ambiance qui changeait de nombre de manifestations qui se sont déroulées à Paris et ailleurs ces dernières années.

La mobilisation est toutefois moindre qu’après les attentats de janvier 2015, après les attaques concomitantes de l'Hypercasher et du journal Charlie Hebdo. Mais le contexte n’a rien à voir. Même si les agressions antisémites se multiplient et malgré l’assassinat de 40 de nos compatriotes, le 7 octobre en Israël, il ne s'agit pas d’attentats sanglants sur le sol français. 

L'extrême droite noyée dans la foule

La participation a probablement été aussi impactée par l'appel au boycott de la France Insoumise. Pour la première fois depuis la libération, le principal parti de gauche appelait au boycott de ce défilé, dont le mot d’ordre était, rappelons-le, "pour la République, contre l’antisémitisme". Une rupture historique, mais finalement sans conséquences : les autres formations de gauche étaient bien là.

Le prétexte invoqué par Jean-Luc Mélenchon était la présence de Marine Le Pen. Mais malgré leurs tentatives de récupération, à grands coups de messages sur les réseaux sociaux, les élus d’extrême droite ont été noyés dans la foule. Et même chahutés par de jeunes militants juifs de gauche, indignés de leur présence.

Emmanuel Macron, lui, n’était pas là. Un choix surprenant, et une vraie faute politique du chef de l’État. Il a affiché un fervent soutien à cette initiative nécessaire au nom de "l’unité nationale". Il a même assuré s’y associer par "le cœur" et "la pensée", mais il n’a pas jugé bon de descendre dans la rue, contrairement à ses prédécesseurs, François Hollande ou François Mitterrand. Pourquoi une telle frilosité ? Il est des circonstances où la pratique du "en même temps" n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Et le succès de dimanche n’a fait que confirmer l’adage selon lequel les absents ont décidément, toujours tort.

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