EDITO. Les élus ne sont-ils pas assez payés, comme le dit le nouveau patron du Medef ?

Le nouveau président du Medef, Patrick Martin, a suscité un certain émoi en déclarant cette semaine que la rémunération des élus n'était pas à la hauteur, selon lui. Un député touche presque 6 000 euros net d'indemnités par mois.
Article rédigé par France Info, Julie Marie-Leconte
Radio France
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Temps de lecture : 3 min
Patrick Martin a succédé à Geoffroy Roux de Bézieux, le 17 juillet 2023, à la tête du Medef. (BERTRAND GUAY / AFP)

Près de 6 000 euros net par mois pour un député, un tel niveau de rémunération peut paraître choquant puisque, selon l’Insee, la moitié des salariés qui travaillent dans le privé gagnent moins de 2 000 euros net par mois, et que seulement 10% gagnent plus de 4 000 euros. Beaucoup de Français sont confrontés à la hausse des prix de l’alimentaire, de l’électricité, et n’arrivent plus à boucler les fins de mois. 

Pourtant, le président du Médef, Patrick Martin, trouve cette rémunération insuffisante. Son argument est que les élus doivent être mieux payés compte tenu de leur exposition médiatique et des risques réputationnels et juridiques auxquels ils sont confrontés. Il n’y a que comme cela, selon lui, qu’on attirera des talents. Mais on peut aussi se poser la question de savoir si, pour être aux prises avec le quotidien des Français, un élu ne doit pas aussi en éprouver les difficultés. 

Vous avez peut-être en tête cette petite phrase d’une nouvelle députée macroniste au début de son premier mandat en 2017. Jusqu'alors cheffe d’entreprise, elle avait choqué en racontant qu’elle mangeait plus souvent des pâtes depuis son élection et qu’elle avait ressorti des vêtements de la cave. De fait elle parlait sans tabou d’un changement de train de vie. Mais elle ajoutait : on le savait et on l’a choisi. Preuve que l’argent ne fait pas tout.

Une indemnité très confortable mais pas pour tous les élus

Mais quand on parle de l'indemnité des parlementaires (ce n'est pas un salaire), on ne parle que d’une toute petite partie des élus. Il y aussi ces milliers d’élus locaux, les maires notamment qui touchent à peine 1 000 euros brut d'indemnité dans les communes de moins de 500 habitants, 1 600 euros dans celles de moins de 1 000 habitants, alors que la charge demande beaucoup d’implication, de temps et qu'elle est souvent difficile à conjuguer avec une activité professionnelle. Selon un récent sondage de l’Ifop, la moitié des maires n’a pas envie de se représenter en 2026. Et selon les chiffres du ministère de la Cohésion des territoires, depuis les dernières élections, ils sont près de 1 300 à avoir démissionné.

>> Surmenage, agressions, indemnité trop basse : les démissions de maires se multiplient depuis 2020 

En septembre l’association des maires de France doit publier une grande enquête pour mieux cerner les causes du malaise. Et début octobre, la ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales, Dominique Faure, organisera une  "convention nationale de la démocratie locale" et promet des annonces au prochain congrès des maires, en novembre. Et, si c’est loin d’être le seul sujet à régler,  elle s’est engagée à s’attaquer à cette question de l’indemnité des élus, notamment dans les villages. Le président du Medef n'est donc pas le seul à penser que la rémunération des élus, en tout cas de certains, n'est pas à la hauteur.

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