L'édito politique, France info

Dailymotion : quand les ministres se tirent le tapis sous les pieds

Une nouvelle fois, Arnaud Montebourg et Pierre Moscovici se contredisent publiquement. Et pour une fois, Matignon semble donner raison au ministre du redressement productif.

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D'un coté, Arnaud Montebourg. Le ministre du redressement
productif. Il s'oppose à l'américain Yahoo, qui aurait voulu prendre 75% dans
la société française Dailymotion. Dailymotion, une filiale de France télécom,
dont l'état détient 27%. L'intervention du ministre, dans l'industrie numérique,
suscite un tollé du coté des entrepreneurs et de la droite. Arnaud Montebourg est
accusé de pratiquer un protectionnisme néfaste. Le ministre du redressement productif se défend : il n'a
fait que porter une décision prise en commun, avec Pierre Moscovici, son
collègue des finances.

Mais ce matin, après le conseil des ministres, alors que la
porte parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem  s'apprête à assumer cette position "qui
est dans l'intérêt de la France" ; Pierre Moscovici, le ministre de l'économie
se désolidarise : il n'a pas été impliqué dans cette décision, qui, il le
sous entend fortement, contredit l'encouragement aux entrepreneurs lancé par François
Hollande lundi dernier. Je résume : d'un coté Arnaud Montebourg et la porte
parole du gouvernement estiment qu'il est normal de s'opposer au rachat d'une
start-up française par un géant américain.

De l'autre, Pierre Moscovici (soutenu par le ministère chargé
du numérique) prend ses distance, au nom des intentions du président de la
République.

Le tout donne le sentiment d'une équipe qui ne sait toujours
pas parler d'une même voix.

 

Cela s'appelle un
couac, donc... Mais s'agit-il d'une divergence de fond, ou de méthode.

Sur le fond, la divergence mérite d'être clarifiée. Le refus de vendre Dailymotion à l'américain Yahoo est-il en
contradiction avec le message de François Hollande aux entrepreneurs lancé hier ? Oui, à en croire leurs réactions. Toute intervention de l'Etat
leur paraissant, par nature, injustifiée. Oui, il y a contradiction, puisqu'un l'un des membres du gouvernement
l'assure. Et oui, le message présidentiel est brouillé. Puisque quelques
jours à peine après l'implication du chef de l'Etat pour se réconcilier avec le
monde de l'entreprise, ses ministres tiennent deux discours contradictoires, au
risque de donner le tournis à ce monde de l'entreprise.

Sur le plan économique en tout cas, le mal est fait.

 

Et sur le plan politique ?

Tout l'enjeu sera désormais de savoir qui sont les bons et
les mauvais élèves. Jusque-là, Arnaud Montebourg portait le chapeau de l'écolier
indiscipliné, jusqu'à susciter une colère bien visible de Jean-Marc Ayrault. Aujourd'hui, les services du Premier ministre minimisent l'incartade. Pourtant, à Bercy, les colocataires d'Arnaud Montebourg donnent
le sentiment de croire qu'il va écoper d'un mauvais point. Ils devanceraient la
remise des prix en chargeant le futur mauvais élève. Pourquoi alors, cette mansuétude de Matignon ?

Parce que les jeux sont faits, ou bien justement, parce que,
sur ce dossier, quand  l'Etat participe
au capital de l'entreprise concernée, il est bienvenu de démontrer qu'il ne
renonce pas. A quelques jours de la manifestation organisée par Jean-Luc
Mélenchon, le message n'est pas négligeable. En ne sanctionnant pas Arnaud Montebourg, tandis que Pierre
Moscovici se retranche derrière une cohérence élyséenne, Matignon entretient
une certaine ambiguïté. Et vous connaissez l'adage politique : on ne sort de l'ambiguïté
qu'à son détriment.         

Mais les adages ne se vérifient pas toujours.

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