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Grâce au jeu vidéo "League of Legends", l'e-sport joue dans la cour des grands

La finale du jeu "League of Legends" a lieu samedi à Los Angeles. 20 000 personnes vont y assister et 40 millions de téléspectateurs sont pressentis. Un succès auquel s'intéressent de près les chaînes de télé et les clubs sportifs.  

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Radio France
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Le Madison Square Garden complètement rempli pour les demi-finales de League of Legends, le 22 octobre 2016. (Riot Games, Inc.)

Le stade Staples Center à Los Angeles accueille samedi 29 octobre la finale du jeu vidéo League of Legends. Les tribunes seront bondées pour une compétition qui va surtout attirer 40 millions de téléspectateurs. L'engouement pour le jeu phare du e-sport séduit sérieusement les clubs sportifs et le monde de la télévision. 

Un succès planétaire

Le jeu vidéo League of Legends compte environ 80 millions d'adeptes à travers le monde. Parmi eux, il y a des véritables stars qui arrivent à remplir des stades : 40 000 personnes en Corée du Sud, il y a deux ans, puis la plus grosse Arena de Berlin l'an passé. Il ne semble plus exister de salle trop grande ou trop prestigieuse pour accueillir un match de League of Legends.

La semaine dernière, les demi-finales du championnat du monde de ce jeu se sont jouées à New-York, dans un Madison Square Garden plein à craquer. Les places se sont vendues en quelques minutes. Sur l'immense scène, deux équipes de cinq joueurs s'affrontent devant leurs ordinateurs. Le but est simple : détruire la base adverse.

Deux équipes de joueurs s'affrontent pour la demi-finale de League Of Legends au Madison Square Garden, à New-York, le 22 octobre 2016. (Riot Games, Inc.)

À 24 ans, Bora Kim, alias Yellowstar, la star française de ce jeu est un habitué des finales internationales dans des salles en liesse : "Beaucoup de joueurs sont affectés par ces situations, il y a beaucoup de stress à gérer. Quand on regarde en face de nous, on voit des milliers de personnes qui se sont déplacées pour venir nous regarder jouer. C'est extraordinaire ! "

Du sport assis

Pendant les tournois, les joueurs doivent garder une concentration maximale car, à leur niveau, League of Legends est un jeu très exigeant. Il faut à la fois maîtriser son champion, la tactique de son équipe, et contrer ses adversaires. Quand un combat s'annonce, tout se passe en quelques secondes, entre les touches des claviers et les clics de souris. "En une fraction de seconde un joueur peut être capable d'exécuter un geste parfaitement devant 10, 20 ou 100 000 personnes. Ça peut être quinze actions en une seconde et demie. C'est déjà un effort physique", explique, admiratif, Zaboutine, un des commentateurs français. Il sera en direct ce soir sur le site O'Gaming.

Haute performance, précision du geste, sens du collectif, le jeu vidéo devient un sport : l'e-sport. Durant sa carrière, Yellowstar était même suivi par un coach sportif : "On reste assis tout au long de la journée. On peut avoir quelques blessures au poignet, au dos. Il faut faire très attention et consulter ou se muscler."

Pour les meilleurs joueurs, ce qui était une passion est devenu un métier à plein temps dans des structures professionnelles. "On a des plannings stricts, bien précis : des entrainements par semaine, des entrainements en équipe qui sont obligatoires. On a des analyses des coachs. C'est vraiment très bien encadré pour qu'on puisse réussir", raconte Yellowstar qui a connu ce qui se fait de mieux en Europe et aux États-Unis.

L'e-sport intéresse de plus en plus les chaînes de télé et les clubs sportifs

Aujourd'hui, le budget des grosses équipes se compte en millions d'euros. Il faut payer les joueurs, élevés au rang de dieu, surtout en Corée. Au sommet de cet Olympe et d'une montagne de billets, il y a Faker, un  joueur de 20 ans de l'équipe coréenne SKT.

C'est le Lionel Messi de l'e-sport. Il peut gagner entre 1,5 et 2 millions par an avec le sponsoring.

Sasha Brodowski, fondateur de BangBang management, première agence pro d'e-sports

Avec un marché en croissance à deux chiffres chaque année, la hausse des salaires commence à poser problème, comme dans les autres sports. "Est-ce qu'on met un "salary cap" [plafond salarial] comme la NBA ? Ou alors on reste calqué sur les clubs de foot comme le Paris Saint-Germain ?" demande Sasha Brodowski.

Limiter les salaires ou laisser régner la loi du plus riche, la question est d'actualité au PSG. Le club de foot de Paris vient de créer son équipe de League of Legends, comme Schalke, Dortmund ou Séville avant lui. À la tête de cette nouvelle équipe, on retrouve Yellowstar, nommé directeur du projet e-sport. Plusieurs millions d'euros ont été investis pour conquérir le marché asiatique mais surtout les jeunes, les moins de 20 ans.

La logique est la même pour les chaînes de télévision. TF1, L'Équipe 21, BeinSport et surtout Canal+ lorgnent sur l'e-sport. Diego Bunuel est en charge de son développement dans le groupe Canal. Il a lancé vendredi 28 octobre le Canal eSport Club, une émission hebdomadaire dédiée aux compétitions de jeux vidéos. Pour Diego Buñuel, il n'est pas question de faire dans la vulgarisation : "On ne ferait pas une émission de foot ou une émission de rugby où on expliquerait ce qu'est un penalty, une cage ou un but."

On veut continuer à faire ça pour créer le Super Bowl pour la nouvelle génération"

Diego Buñuel

Les chaînes le savent : le public potentiel est déjà énorme. Un Français sur deux joue aux jeux vidéo, et de plus en plus s'intéresseront aux compétitions dans l'avenir, surtout les jeunes. "Mon ambition, c'est de produire la première émission qui excite et qui touche un public de trois à quatre millions de joueurs français de e-sport. Aujourd'hui, ils regardent plus de e-sport que de sport traditionnel", parie Diego Bunuel.

À l'avenir, sur les écrans, il se pourrait même qu'on voit plus de football joué avec des manettes, et moins avec des crampons. Canal + compte diffuser prochainement des matchs du jeu de football Fifa tout comme la chaine l'Equipe 21

Grâce au jeu vidéo "League of Legends", l'e-sport joue dans la cour des grands : un reportage de Jules de Kiss
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