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Nawell Madani, de la danse au stand-up

Hind Meddeb retrace aujourd'hui l'itinéraire de Nawell Madani, un garçon manqué qui milite pour l'égalité homme-femme, à l'affiche du Palais des Glaces avec son spectacle "C'est moi la plus belge".

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Elle sera danseuse, puis chorégraphe dans le milieu du hip
hop avant de tout plaquer pour devenir comédienne. Nawell Madani fait ses
débuts au Jamel Comedy Club où le metteur en scène Papy l'embauche après un casting.
Mais ses débuts dans le monde très masculin des humoristes sont difficiles. "J'étais
la seule femme, mais ils ne m'ont tellement pas facilité la tâche, j'ai dû
travailler trois fois plus. Parce que j'avais des remarques comme : 'Oui, bon là
tu vas monter, tu dois jouer dix minutes. Mais comme t'es pas forte, fais trois
minutes s'il te plaît.' Alors qu'ils ne se seraient jamais permis de dire ça à
un autre humoriste homme. Ou alors je jouais, et on me coupait le micro
."

"J'ai gagné ma place"

"J'ai alors commencé à jouer sur toutes les scènes
ouvertes de Paris. Je jouais parfois quatre fois par soir. (...) Je jouais tous
les soirs. J'ai fini par attraper des nodules aux cordes vocales. Le médecin me
disait de reposer ma voix. Mais moi, je voulais qu'on me laisse le droit de
jouer. J'ai travaillé, travaillé, travaillé... Et un jour, je suis montée sur
scène et on m'a dit : 'C'est toi qui va hoster la soirée. Tu vas ouvrir le
spectacle et tu vas fermer le spectacle.' Et j'ai gagné ma place. On ne me l'a
pas offerte.
"

Nawell Madani est né en 1983 à Watermael-Boitsfort (Belgique)
dans une famille immigrée algérienne.  "Jusqu'à l'accouchement de ma
mère, mes parents ont cru que j'étais un garçon. (...) Et je pense que c'est
resté dans la tête de mon papa. Donc il m'a éduquée comme un garçon. Mon
père m'appelle 'Mon fils'.
" A neuf ans, Nawell sait déjà qu'elle veut
devenir danseuse, mais elle devra vivre sa passion en cachette. Car pour son
père, qui l'initiait à des sports masculins, impossible d'imaginer que sa fille
puisse devenir danseuse. "Au début, il me l'interdisait. Donc je mentais
pour aller danser. Quand il y avait un spectacle, je ne pouvais pas le dire non
plus... J'ai longtemps vécu cette passion en cachette. Pour lui, c'était synonyme
de la nuit, de la déprave, de la déchéance, de la drogue... Pour lui, c'était l'enfer.
"

"Je suis partie à la conquête de la fierté de mon
père"

Jusqu'au jour où Nawell est prise pour faire le spectacle
d'ouverture de 'Bruxelles, capitale européenne', mis en scène par le chorégraphe
de Céline Dion. Ce jour-là elle décide pour la première fois d'inviter son père
à venir la voir danser. " Mon père m'a vue sur scène et c'est à ce moment-là qu'il s'est dit : wouah ! C'était beau pour lui, c'était artistique.Pour lui c'était : Mais quand est-ce qu'elle a trouvé le temps de faire tout ça ! Il ne m'en a même pas parlé, tellement il était
choqué. Mais il passait les cassettes à ses potes. Il avait découpé la une du journal "Le
Soir" à l'époque. Et c'est là où je me suis dit que je pouvais rendre fier mon père. Je suis partie dans la conquête de la fierté de mon père, ça
a été ce combat là, toute ma vie en fait.
"

Garçon manqué et féministe, dans son nouveau spectacle, Nawell Madani casse les stéréotypes qui
circulent habituellement sur les arabes et les musulmans. La jeune femme assume :
elle est à la fois algérienne, belge et française...  Et c'est ce qui fait la force de son humour,
loin des blagues communautaires qui circulent habituellement dans le milieu du
stand-up.

Ne manquez C'est moi la plus belge de Nawell
Madani, actuellement à l'affiche du Palais des Glaces à Paris.

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