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Reportage de guerre : Karen Lajon reconnaît "un sentiment d'impuissance"

Bayeux accueille la 20e édition du prix des correspondants de guerre. Un événement qui récompense chaque année les meilleurs reportages, mais qui est également l'occasion de s'interroger sur le travail et les difficultés du journalisme en zone de conflit. Cette année, les regards sont tournés vers la Syrie, où quatre journalistes sont détenus en otage. Karen Lajon, grand reporter au JDD depuis 1987, revient sur l'évolution du reportage de guerre ces 20 dernières années.

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Il
y a 20 ans, la ville de Bayeux et le département du Calvados, qui
portent encore aujourd'hui les stigmates du Débarquement allié, ont
décidé de créer un événement pour soutenir les reporters de guerre, pour faire
connaître le travail de ceux qui prennent des risques pour informer le public.

Cette année, c'est vers la Syrie que convergent tous les regards. La Syrie où quatre journalistes français sont aujourd'hui otages - Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin, Pierre Torrès. "La spécificité de cette guerre, c'est le recours au kidnapping. C'est d'autant plus frappant qu'il n'y a jamais de revendications" note Karen Lajon, membre du comité de soutien aux otages.

Grand reporter au JDD depuis 1987, elle constate un vrai changement dans le quotidien des correspondants de guerre : "A mon époque, c'était simple, il y avait les bons et les méchants. On se mettait du côté des victimes le plus souvent. Depuis l'Irak et encore davantage la Syrie, c'est plus compliqué. Les otages enlevés l'ont été dans les zones tenues par les rebelles, là où les journalistes auraient dû être protégés. En Syrie, personne ne veut de journalistes indépendants."

"Al-Qaida est un média à lui tout seul"*

L'irruption d'Al-Qaida a également changé la donne. "Al-Qadia n'a pas besoin de nous, ils maîtrisent eux-mêmes leur communication. On a pu interviewer Bachar al-Assad, mais personne n'a jamais pu voir al-Zawahiri. Al-Qaida n'est pas un interlocuteur, et cela bouleverse le travail journalistique."

A-t-elle, comme Jean-Philippe Rémy du Monde, le sentiment parfois que les mots ne peuvent pas changer les choses ? Convaincue de l'utilité de son métier, Karen Lajon a cependant "un sentiment d'impuissance" : "Il y a un an, Barack Obama avait parlé de 'ligne rouge' à propos des armes chimiques. Vous avez vu combien de temps il a fallu pour qu'il se décide à faire quelque chose..."

Plus de 50 reportages télé, radio, presse écrite ou encore photo sont en compétition à Bayeux. C'est l'occasion de revoir deux web documentaires en lice : Guerre chimique en Syrie où Jean-Philippe Rémy et Laurent Van der Stockt du Monde racontent deux mois passés auprès des combattants de Damas, et Alma, une enfant de la violence, produit par Arte en partenariat avec France Info, où une jeune femme se livre sur sa jeunesse dans un gang ultra-violent du Guatemala.

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