Entre fiction et documentaire, "Les Filles d’Olfa" retrace la vie d'une famille tunisienne confrontée au départ de deux sœurs pour le jihad

"Les Filles d'Olfa" de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania avait marqué les esprits lors du Festival de Cannes.
Article rédigé par franceinfo, Matteu Maestracci
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min
"Les Filles d'Olfa" de Kaouther Ben Hania (2023). (TANIT FILMS)

Le film Les Filles d'Olfa qui sort en salle mecredi 5 juillet, raconte l'histoire vraie de la famille Chikhaoui, emmenée par Olfa, mère de quatre filles, en Tunisie. La famille s'était fait connaître en 2016 lorsque les deux sœurs aînées, radicalisées avaient fugué pour combattre aux côtés de Daech en Libye.

>> "Les Filles d'Olfa", docu-fiction tunisien original et sensible sur une famille bouleversée par Daesh

La cinéaste Kaouther Ben Hania a ensuite rencontré les trois autres femmes de la famille, avec l'idée de ce long-métrage. Le documentaire comporte des passages de fiction. Faute de pouvoir filmer les filles aînées, emprisonnées , ce sont deux comédiennes qui jouent leur rôle et rejouent des souvenirs de famille. "Quand j'ai commencé avec elles, je ne savais pas quelle forme j'allais donner à cette histoire, assure Kaouther Ben Hania. J'ai commencé à filmer Olfa avec ses deux filles chez elle. Je sentais qu'il y avait un truc qui manquait. Sous la forme d'un documentaire classique, je n'arrivais pas à creuser le passé. 

"Il y avait cette question du passé. Comment faire revivre le passé, reconvoquer le passé, mais pas seulement, le reconvoquer, le questionner."

Kaouther Ben Hania, réalisatrice

franceinfo

Les Filles d'Olfa est donc un mélange de réalité, de fiction, mais aussi de coulisses du tournage. Pour un résultat impressionnant, déroutant, traversé par une émotion intense, beaucoup de dureté, de larmes, mais aussi parfois de l'humour bienvenu. Le film pose aussi la question du patriarcat dans la société tunisienne, les mariages arrangés, les abus sexuels, mais aussi le conservatisme et les commentaires sur les tenues des jeunes femmes dans la rue.

"Moi, j'ai conçu ce film comme une thérapie, mais pas que pour elles, explique la réalisatrice Kaouther Ben Hania. J'ai une équipe majoritairement féminine, donc tout ce qu'elles disaient, on le connaissait, on l'a vécu d'une manière ou d'une autre. On se racontait nos histoires. C'était très intense. C'était un tournage émotionnellement très fort."

On ressort sonné du film, ému et bouleversé par la force et le courage d'Olfa et ses filles, et le portrait de cette mère inclassable. En sélection à Cannes, Les Filles d'Olfa avait divisé, certains trouvant que le dispositif, parfois confus à leurs yeux, desservait son propos.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.