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Alan Turing

Pionnier de l'informatique, héros de guerre et véritable génie visionnaire, le britannique Alan Turing aura attendu près d'un demi-siècle avant d'accéder à la postérité qu'il méritait.

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(La statue à l'effigie d'Alan Turing visible à Bletchley Park, en Angleterre © Steve Meddle/REX Shutte/SIPA)

 Avant d'être le héros de livres, de films ou d'avoir des statues à son effigie, Alan Turing a longtemps été injustement méconnu du grand public. Si la communauté scientifique, et tout particulièrement le monde de l'informatique, ne l'a jamais oublié, son accès à la postérité fut contrarié par la fin, tragique, de sa vie. Né en 1912 à Londres, le brillant jeune homme montre très tôt des aptitudes peu communes pour les sciences en général, et les mathématiques en particulier. Etudiant à Cambridge, puis à Princeton, aux Etats-Unis, dans les années 1930, il met au point l'une des premières pièces essentielles de sa courte carrière : la Machine de Turing, une théorie mathématique où il jette les bases d'un super-calculateur utilisant des algorithmes très précis pour travailler, encore utilisée aujourd'hui.

Vient alors le grand boulversement de la Seconde Guerre mondiale. A l'invitation du gouvernement britannique, Turing fait partie des jeunes mathématiciens qui investissent le champ de la cryptanalyse, pour tenter de déjouer les plans du Troisième Reich et de sa machine Enigma, qui sert aux armées allemandes pour chiffrer leurs communications. Turing se chargera notamment des documents chiffrés par les forces navales allemandes, avec un certain succès. C'est dans le cadre de ces activités de renseignement que Turing voit fonctionner le légendaire Colossus , l'un des premiers véritables super-calculateurs de l'histoire, et développe l'envie de créer sa propre machine. Une idée qui restera, faute de moyens et d'une équipe capable de le mener à bien, au stade de projet. 

A la fin des années 1940, Turing s'est trouvé, en parallèle à ses travaux sur la cryptanalyse et l'informatique naissante, un nouveau domaine d'exploration : l'intelligence artificielle. Persuadé que la fin du XXe siècle verra l'émergence d'ordinateurs capables de rivaliser avec le cerveau humain, il met au point un test censé déterminer le moment où une machine aura atteint ce stade ultime du développement informatique. En 2014, l'université de Reading a annoncé qu'un ordinateur avait pour la première fois réussi à passer le "test de Turing", mais ces résultats ont été contestés depuis.

Les dernières années de la vie d'Alan Turing sont marquées par des évènements bien moins enthousiasmants. Homosexuel dans un pays où l'être est encore considéré comme un délit, il est dénoncé à la justice, qui le condamne à la castration chimique, au tout début des années 1950. En 1954, à 41 ans seulement, il met fin à ses jours (sa famille contestera toujours son suicide) en croquant une pomme enduite de cyanure. La rumeur veut que le logo d'Apple ait été inspiré par ce geste tragique, mais il ne s'agit que d'une légende. Il faudra attendre la fin de l'année 2013 pour que le nom de Turing soit enfin totalement réhabilité, avec la grâce posthume signée par la reine Elisabeth II. Plus de cinquante ans après sa mort, ce pionnier essentiel de la grande révolution informatique a enfin retrouvé sa place dans notre mémoire collective.

(La statue à l'effigie d'Alan Turing visible à Bletchley Park, en Angleterre © Steve Meddle/REX Shutte/SIPA)