Ils ont fait l'actu. Stephane Lesix, ex-Bridgestone à Béthune, évoque une trahison

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Sébastien Baer revient sur les événements marquants de l'année. Et ce sont ceux qui les ont vécus qui les racontent. Stéphane Lesix, secrétaire du CSE du fabricant de pneux est toujours aigri depuis la fermeture de l'usine fin avril 2021.

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Stéphane Lesix, secrétaire du Comité social et économique (CSE) de l'usine Bridgestone de Béthune (Pas-de-Calais). (SEBASTIEN BAER / RADIO FRANCE)

16 septembre 2020. À Béthune, dans le Pas-de-Calais, Bridgestone annonce la fermeture de son usine qui fait travailler 863 personnes. Premier employeur de la ville, le géant japonais du pneumatique invoque une surcapacité de production en Europe et la concurrence des marques asiatiques à bas coûts. Une décision qui provoque la colère de Stéphane Lesix, le secrétaire du Comité social et économique, (CSE). "La première réaction, c'est de la colère parce qu'on a bien l'impression que tout était programmé depuis le début. Ils ont voulu faire ici un accord de performance collectif et on se rend bien compte que quoi qu'il arrive, l'usine allait fermer."

Faute de solution viable économiquement, l'usine a fermé ses portes le 30 avril. En guise de dédommagement, le groupe a versé 16 millions d'euros pour la revitalisation du site de Béthune, soit trois fois plus que l'obligation légale. Maigre consolation, les salariés ont aussi pu obtenir des indemnités confortables.

Mais onze mois après l'annonce de la fermeture, Stéphane Lesix, le secrétaire du CSE, éprouve toujours le même sentiment de trahison. "Il y a un sentiment de gâchis, d'énorme gâchis. Tout le monde se connaissait. Il y avait aussi des familles, il y a des gens, leur grand-père, leur père, ont travaillé chez Bridgestone, donc c'était vraiment une ambiance familiale. On était fiers d'être ‘Brigestonien’. Malheureusement, on est arrivé dans une situation où l'usine allait fermer, il y a le Covid, l'emploi dans le bassin minier, c'est assez compliqué... Malheureusement, certains sont en séparation, d'autres sont totalement perdus par rapport à ce qu'ils vont faire."

On n'est pas psychologues mais nous, on alerte, on aiguille et on fait en sorte d'éviter des drames

Stéphane Lesix

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Difficile reconversion

Pour les ex-Bridgestone, il est parfois compliqué de retrouver un emploi. "Certains vont avoir plus de difficultés que d'autres car ils n'ont connu que Bridgestone et à 18 ans, ils sont venus travailler. Ce sont de supers ouvriers et le problème, c'est que maintenant, c'est compliqué, certains sont dans une grande détresse" dit Stéphane Lesix, fier, que les salariés aient réagi sans violence à l'annonce de la fermeture. "Ça a été une stratégie. Il n'y a pas eu de pneus brûlés, on n'a pas fait de casse. On a préféré être dans le dialogue, expliquer ce qui s'est passé. On a renvoyé une bonne image à Bridgestone parce qu'ils ont peut-être cru que les salariés, les syndicats étaient des fous furieux qui allaient faire n'importe quoi. Et ils n'ont pas eu de chance, ça ne s'est pas passé. Je crois qu'on les a fortement embêtés par notre stratégie et je crois qu'elle a été payante."

Le secrétaire du CSE conteste aussi les arguments avancés par Bridgestone pour justifier la fermeture : une surcapacité de production en Europe et la concurrence asiatique à bas coûts. "La surcapacité, ils l'ont créée eux-mêmes. Ils ont développé dans les pays de l'Est et nous ils nous ont laissé mourir à petit feu. C'est comme s'il fallait faire une course de Formule 1 et qu'au départ, on était avec les plus belles voitures, les derniers modèles Ferrari et les Mercedes, les Jaguar et que nous, on est au départ avec une Twingo de 1990. Là, c'est sûr qu'on pouvait être que dernier. Donc, pas d'investissement. C'est sûr et certain que l'on était voués à mourir".

"On essaie d'avancer"

Pour Stéphane Lesix, il y avait une possibilité de sauver l'usine. "Franchement, avec de l'investissement, avec les gens qui connaissaient très bien leur métier, avec un investissement normal par rapport à nos concurrents au sein de Bridgestone même, on aurait eu les mêmes machines, c'est sûr qu'on était concurrentiel. En plus, l'État était prêt à mettre la moitié des investissements avec Bridgestone. On nous avait annoncé une centaine de millions d'euros, donc on aurait pu avoir les machines, on aurait pu faire des nouveaux pneus à haute valeur ajoutée, et on aurait été concurrentiels. Sans problème." 

Maigre consolation, les salariés ont obtenu des indemnités relativement confortables. "C'est un moindre mal. L'idée, c'est que les gens de Bridgestone peuvent se retourner et qu'ils ont le temps de se former. Au niveau financier aussi, ils peuvent solder leurs crédits et passer à autre chose. Bridgestone ne voulait plus de nous, nous on ne veut plus d'eux. Et on essaie d'avancer". Certains ex-Bridgestone devraient quand-même retrouver un emploi sur le site car deux entreprises vont créer une unité de reconditionnement des pneus usagés. La production, qui débutera en début d'année prochaine, doit créer à terme 200 emplois.

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