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Lâché par la tutelle, un président de la radio publique démissionne (1973)

Connaissez-vous Arthur Conte? Nommé à la tête de l'ORTF par le Conseil des Ministres en juillet 1972, il est poussé à la démission 16 mois plus tard, lâché par la tutelle.

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Retour le 12 juillet 1972. Un nouveau président est nommé par le Conseil des ministres comme c’était alors la règle. Son nom Arthur Conte. Un historien et député gaulliste à la tête de l'ORTF, voilà qui est bien dans l’esprit de l’époque. Aucun risque, et d’autant moins qu’il est théoriquement parfaitement encadré par le ministre de l’information, Philippe Malaud. Après les dérives de l’ORTF en mai 1968  pas question de laisser filer la télévision et la radio publique...  Mais rapidement, le président semble porter une vision personnelle de l’ORTF. Une vision qu’il défend notamment devant ses salariés à l’occasion de la présentation des vœux, nous sommes au début de l’année 1973, à deux mois des élections législatives :

"A mon niveau, je défends le devoir d'indépendance face à quiconque et je saurais couvrir tous ceux qui seraient menacés de telles ou telles pressions..."

Au sein du gouvernement, cette défense de l'indépendance à tout prix agaçe au plus haut point. En août 1973, le ministre de l’Information Philippe Malaud envoie une note pour le moins critique au président Georges Pompidou :

"Il est plus évident que jamais que l’ORTF est devenu un des principaux centres d’action de l’opposition dans ce pays. Un risque d’insécurité permanent pour les services publics, susceptible de devenir à tout moment un foyer de subversion et un instrument de totalitarisme "

Et ce qui devait arriver arriva. Le porte-parole du gouvernement Joseph Comiti au micro de Patrick Poivre d’Arvor en octobre 1973: 

"A partir du moment où le PDG était entré en conflits avec le ministre de tutelle, et par conséquent avec le gouvernement, il était difficile à ce PDG de continuer à présider aux destinées de l'ORTF"

L’histoire d’Arthur Conte est assez unique. Les exemples sont rares dans l’histoire d’un patron de la radio publique désavoué par une tutelle qui l’avait pourtant nommé. Alors imaginez cette situation théorique dans laquelle la tutelle désavouerait un patron qu’elle n’avait pas nommé et qu’elle ne pouvait forcer à démissionner…

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