Cet article date de plus de cinq ans.

Histoires d'info. Le combat perdu pour une loi antisexiste (1974-1983)

écouter (3min)

La grande campagne contre le sexisme lancée jeudi par le gouvernement privilégie l'information à la sanction. Il y a une quarantaine d'années, l'espoir d'une loi était né dans les milieux féministes. Il semble aujourd'hui enterré. 

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Simone de Beauvoir à Paris le 29 septembre 1971 (GEORGES BENDRIHEM / AFP FILES)

Le gouvernement a lancé jeudi 8 septembre une grande campagne contre le sexisme. Cette campagne va durer six mois avec plus particulièrement dans le viseur le "sexisme ordinaire". Ce combat est né il y a une quarantaine d’années. Médiatiquement, il a été lancé par une immense figure intellectuelle et féministe française : Simone de Beauvoir.

Qu'on dise d'une bonne femme 'salope comme toutes les bonnes femmes', il n'y a pas de recours

Simone de Beauvoir

Sur TF1, le 6 avril 1975

À l'époque, le mot "sexisme" est un néologisme. En 1975, la célèbre philosophe et romancière en donne une définition : "Sexisme, c'est un mot que nous avons forgé par analogie avec le racisme. Nous avons commencé à parler de sexisme à propos des insultes que les hommes déversent volontiers contre les femmes. Il y a une loi qui, je crois, date de 1945 et qui interdit de traiter un homme de 'sale juif' ou de 'sale bicot'. Mais qu'on dise d'une bonne femme 'salope comme toutes les bonnes femmes', il n'y a pas de recours". 

À cette époque, la Ligue du droit des femmes cible essentiellement la question de la représentation des femmes dans les publicités, les manuels scolaires ou les médias. Le chantier est immense. Ainsi, en 1959, pouvait-on entendre un homme dire à la télévision dans une publicité : "Elle y tient beaucoup [à sa voiture], ça fait huit jours qu'elle l'a et elle n'a pas encore perdu la clé. J'en reviens pas. Le rétroviseur, ça lui rappelle son cabinet de toilette, la boîte à gants, son armoire à linge... Elle va vite bien sûr parfois... Mais quand les vitrines le méritent, elle sait prendre son temps"

En mars 1983, après avoir fait voter une loi sur l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, la ministre des droits des femmes Yvette Roudy défend une loi contre le sexisme votée par le conseil des ministres. Sa cible n'est autre que l’image des femmes véhiculée par la publicité. C’était la promesse numéro 69 du candidat François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1981.

1983, l'échec d'une loi antisexiste

Le débat fait rage, il est passionné. En juin 1983, Yvette Roudy est face à Christiane Farry, représentante des publicitaires, qui s’oppose à la loi. 

Christiane Farry : "Nous estimons dangereux de demander aux magistrats de faire de la morale."

Yvette Roudy : "Il n'est pas question de morale..."

Christiane Farry : "Si, puisque ce sont les magistrats qui décideront si les attaques des féministes sont fondées ou pas."

Yvette Roudy : "Absolument. Ça s'appelle la justice."

Le débat se conclura sur un cuisant échec d'Yvette Roudy : sa loi antisexiste sera enterrée. Reste à savoir si une grande campagne d’information et des badges seront plus efficaces que ne l’aurait été une loi.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.