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Français du monde. Les lycées français de l'étranger en crise

Pétitions en ligne, journées école morte, mobilisation des élus. Les coupes claires décidées l'été dernier dans le budget du réseau des établissements scolaires français à l'étranger ne passent pas.

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Ronan Le Gleut à Berlin \"Les lycées français de l\'étranger, c\'est le fer de lance de la francophonie\"
Ronan Le Gleut à Berlin "Les lycées français de l'étranger, c'est le fer de lance de la francophonie" (EMMANUEL LANGLOIS)

Ronan Le Gleut est un homme en colère. Le sénateur "Les Républicains" en veut terriblement au gouvernement d'avoir amputé de plus de 8 % le budget de l'AEFE, l'agence qui chapeaute le réseau des 492 lycées français présents dans 137 pays.

"Il ne se passe pas une semaine sans qu'un lycée français ne m'interpelle, de tous les continents, témoigne-t-il. La conséquence, c'est la suppression de 512 postes d'enseignants sur trois ans, dont 180 dès la rentrée. On a besoin de cet enseignement à la française, c'est ce qui fait la valeur de nos lycées à l'étranger." 

Ces établissements scolarisent environ 342 000 élèves

De la maternelle à la terminale dont 60% d'étrangers et 40% de jeunes Français. Au-delà de sa mission d'éducation, ce réseau unique au monde est aussi un outil de rayonnement culturel, linguistique voire diplomatique de la France à l'étranger, ce qu'on appelle le "soft power". "C'est le fer de lance de la francophonie, s'emporte-t-il. Un enfant français déscolarisé d'un lycée français, c'est un peu de la voix de la France qui s'éteint." Ces coupes claires dans le budget de l'AEFE pourraient encore faire flamber les tarifs de ces lycées à la rentrée de septembre, déjà exorbitants, 5 à 10 000 euros par an et par enfant en moyenne, jusqu'à 30 000 aux États-Unis.  

Des paroles, mais des actes ? 

"J'étais l'autre jour à Prague, raconte-t-il, j'ai rencontré des parents en pleurs, obligés de déscolariser leurs enfants du lycée français parce que 8-9 000 euros, même un cadre qui gagne très bien sa vie en République tchèque, il ne peut pas !"

Ronan Le Gleut a interpellé l'autre jour au Sénat Nathalie Loiseau, la ministre chargée des Affaires européennes, qui a confirmé les coupes budgétaires annoncées : "Oui, en 2017, le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères a fortement contribué aux annulations de crédits rendus nécessaires par l'état de nos finances publiques. Dans ce contexte, j'entends comme vous les inquiétudes exprimées."

Mécontentement depuis l'automne

Depuis l'automne, le réseau AEFE connaît une vague de mécontentement sans précédent, avec plusieurs grèves et une journée école morte dans 10 écoles de Tunisie fin janvier, lors de la visite d'Emmanuel Macron. Une pétition en ligne a été lancée par des parents d'élèves du lycée français de Madrid, l'un des plus importants au monde avec 4 000 élèves. Ronan Le Gleut lui non plus ne décolère pas :

"Le président et le gouvernement ne mettent pas en conformité leurs paroles et leurs actes. Le discours d'Emmanuel Macron (le 20 mars, ndlr) sur la francophonie était remarquable, mais les actes vont complètement à l'encontre de ce qu'il dit. La mondialisation est totale. D'autres pays l'ont bien compris comme la Chine, qui développe son réseau d'instituts Confucius, la vitrine de sa culture. En France, on fait l'inverse !" 

N'empêche. L’exécutif maintient son objectif de doubler le nombre d'élèves accueillis dans ces lycées français à l'étranger d'ici sept ans, et promet qu'ils retrouveront dès cette année leur budget d'avant les coupes, soit 400 millions d'euros environ.   

Lui écrire : r.le-gleut@senat.fr

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Retrouvez cette chronique dans le journal des Français à l'étranger

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