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Be Bop, magicien du coco à Mayotte

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L’artiste n’est pas banal. Avec son allure de sage hindou, Be-Bop raconte son périple en Inde, en Afrique, puis à Mayotte, où il a ouvert une école et enseigne aux jeunes Mahorais l’art de la sculpture sur le bois de coco.

Be-Bop. Deux syllabes qui donnent des fourmis dans les jambes, sur un air de jazz entraînant. Notre homme, de son vrai nom Stéphane Germaneau, s’est bien essayé à la vie en métropole, chauffeur à mi-temps pour la ville de Poitiers, lui le natif de Saint-Benoît, dans la Vienne. Mais ce n’était vraiment pas son truc. Alors Stéphane a tracé la route. Il a 22-23 ans, le voilà parti, plein est, vers l’Inde. « Je voulais ouvrir mon esprit, explique-t-il. En métropole, on nous apprend à regarder devant, pas trop à droite ni à gauche, alors qu’on a un 360° autour de nous ! ». L’aventure tourne court. Rapatrié en France après un grave accident, le jeune homme n’y trouve évidemment pas sa place et repart. En camping-car, cette fois, direction l’Afrique Noire et le désert : Dakar puis la Côté d’Ivoire. Son camion rend l’âme. Qu’importe. Il continue son périple à pied, sac au dos, puis en taxi-brousse.

Abidjan s’enfonce dans la violence (nous sommes en septembre 2002), Germaneau file à la Réunion, où il passera trois ans et demi, et développe déjà son art : la sculpture sur les coquilles de noix de coco laissées par les vagues. « J’ai découvert cela il y a 15 ans, en vacances, à Royan, raconte Be-Bop. Des amis revenaient avec un bol en coco, j’ai trouvé que cette matière était magique, ça a réveillé mes sens. » Be-Bop poursuit son épopée dans l’Océan indien, et pose ses valises à Mayotte, l’île des Comores. Dans son atelier de bord de mer, dans le petit village de Bambo, il vit désormais de son art, surtout depuis que le parfumeur Jean-Paul Guerlain (aujourd’hui installé à Anjouan) l’a pris sous son aile. Grâce à lui, Be-Bop a vendu ses stylos en coco 600 euros pièce (mais aussi des bagues, des boucles d’oreille, des montres, des pendentifs ou de la vaisselle) à Jean-Pierre Raffarin, à des hauts fonctionnaires, des chefs d’entreprises, des médecins ou des pharmaciens de passage sur l’île.

Sorte de marqueterie de bois flotté apporté par la mer, Be-Bop travaille ses objets avec la patience et les instruments du maquettiste, minutieux et précis, penché sur sa loupe pour ajuster chevilles et cerclages microscopiques. L’homme à la barbe, que les habitants du village ont aussitôt rebaptisé « Jésus », passe jusqu’à 50 heures sur chaque objet qu’il relooke et customise. La production est limitée : 50 modèles par an. « Ma passion, c’est de créer, explique Be-Bop, pas de produire en quantité. Chaque pièce est unique, il n’y a pas de moulage ! » Guerlain est d’ailleurs le parrain de l’école que Stéphane a ouverte à quelques kilomètres de là, à Boueni. Dans ces bâtiments en dur parmi les manguiers, une vingtaine de jeunes, sortis du circuit scolaire, de toute l’île viennent apprendre les métiers de l’artisanat autour de plusieurs professeurs que l’artiste dirige, bénévolement.

Dans cet atelier de la deuxième chance, Be-Bop leur apprend la sculpture, d’autres l’ébénisterie, les arts graphiques, la broderie et la couture. « La main d’œuvre locale se fait très rare dans les ateliers de Mayotte, constate Be-Bop. Une fois formés, ces jeunes Mahorais pourront prendre la relève. » Be-Bop, fils unique, a épousé une jeune Comorienne née à Anjouan, ébéniste de formation comme lui, et qui lui a donné au printemps dernier une jolie petite métisse. L’homme sillonne les villages de Mayotte au guidon de sa vieille moto OMZ orange pétaradante. Chaque matin, il s’étonne toujours de tous ces trésors de coco que la mer a bien voulu déposer pour lui sur la plage.

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Aller plus loin

Aller à Mayotte avec « Cocorico Voyages » Petite France du bout du monde, à l'entrée du canal du Mozambique, entre Madagascar et l'Afrique, Mayotte est une collectivité départementale de la République française à 8.000 km de Paris, 1.500 km de la Réunion et 350 km de Madagascar. Mayotte, ce sont deux îles : Petite Terre, où se trouve l'aéroport international de Dzaoudzi, et Grande Terre, que l'on atteint par une « barge », avec la ville principale Mamoudzou. Mayotte connaît tout au long de l'année un climat tropical maritime, à tendance chaud et humide. Deux saisons s'opposent : la saison chaude (saison des pluies) de novembre à avril, et la saison sèche de mai à octobre, où la température oscille entre 22° et 30°. Spécialiste de Mayotte, le tour-opérateur « Cocorico Voyages » propose des séjours et excursions (randonnées et safaris dauphins et baleines dans le lagon) à Mayotte, en hôtels ou en gîtes « bangas », et des combinés Mayotte-Kenya.
Contact : 02 47 75 27 90

Retrouvez ce portrait dans "Vivre à l'Etranger" le magazine européen de la mobilité internationale

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