Les propositions-promesses d'Emmanuel Macron, président quasi-candidat

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Tous les jours, Clément Viktorovitch décrypte les discours politiques et analyse les mots qui font l'actualité. 

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Radio France
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Emmanuel Macron face à un officier lors d'une rencontre avec des policiers lors de sa visite à Nice le 10 janvier 2022 sur le thème de la sécurité. (DANIEL COLE / POOL / AFP)

Le président de la République a annoncé, lundi 10 Janvier à Nice, un grand plan pour la sécurité, comprenant 15 milliards supplémentaires sur les 5 prochaines années. Il n’est pourtant, officiellement, toujours pas candidat à sa propre succession. 

Et c’est vrai que cette posture de président pas encore candidat est bien pratique ! Tant qu’il n’a pas officiellement annoncé sa volonté de briguer un second mandat, Emmanuel Macron peut continuer de se draper dans le prestige et la hauteur que lui confèrent la fonction. Il n’est évidemment pas le premier président à utiliser ce stratagème : tous ou presque ont profité de cette période de flou précédent leur 2e campagne, quand 2e campagne il y eu.

Annoncer sans pouvoir assumer

Mais cette position ne vient pas sans un prix à payer : il faut parvenir à annoncer ses propositions sans pouvoir les assumer, ce qui complique considérablement la tâche des soutiens et des portes paroles. À l'image de cette réponse de Gérald Darmanin lorsqu'on lui demande sur RTL si ce plan est une promesse du candidat Macron : "Nous préparons, que ce soit pour cette majorité ou pour une autre... nous préparons et c'est bien normal, le travail de la police des années 2030. C'est bien logique : la cyberattaque n'attend pas l'élection présidentielle. Et ensuite, c'est la démocratie on verra qui portera ce texte."

Alors, sur la forme, on comprend le malaise du ministre de l’Intérieur, qui est contraint de répéter à plusieurs reprises "c’est bien normal, c’est bien logique". Il y a une règle simple en rhétorique : si l’on doit préciser quelque chose, c’est que cette chose n’allait pas de soi ! Et donc, en l’occurrence, plus Gérald Darmanin répète qu’il est "logique et normal" de voir un président faire une proposition sur cinq ans dans les derniers mois de son mandat, plus on comprend qu’il y a anguille sous roche.

Un argument trop faible

Sur le fond maintenant, l’argument du ministre de l’Intérieur ne tient pas une seconde. "Nous présentons la loi : on verra bien quel sera le gouvernement qui la mettra en place", dit en substance Gérald Darmanin. Comme si un président pouvait se permettre de décider de la politique de son successeur ! Il faut tout de même mesurer l’audace de cette déclaration du ministre de l’Intérieur : il confond, ici, la politique et l’administratif et fait comme si la sécurité des français n’était qu’une affaire de gestion, et pas de décision.

Tout ceci n’est évidemment qu’une contorsion pour ne pas avoir concédé que lundi, Emmanuel Macron a annoncé son programme de campagne en matière de sécurité. Peut-être serait-il temps, tout simplement, de l’assumer !

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