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En un mot. L'immigration, esseulée en Méditerranée depuis trop longtemps

Le mot de l'actu du jour est rétention. Cela n'aura échappé à personne. Surtout pas à Nathalie Bourrus.

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Un homme dans une cellule du centre de rétention du Canet à Marseille, en novembre 2017.
Un homme dans une cellule du centre de rétention du Canet à Marseille, en novembre 2017. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Rétention. Mot qui vient du latin Retentio, qui signifie retenir. Retenir les migrants, en l’occurrence. Le gouvernement a présenté, en conseil des ministres, son texte sur l’immigration, incluant un passage sur la rétention administrative des personnes en situation irrégulière.

Et le ministre de l’Intérieur, en personne, est venu « vendre » ce document, à la presse. "Gérard Collomb, l’européen". Oui, on peut, je crois, le rebaptiser ainsi. Car, il n’a eu que ce mot à la bouche, hormis le sempiternel "avec fermeté et humanité" ; Personnellement, je ne peux plus supporter cette formule d’une hypocrisie sans faille, à droite comme à gauche.

Non, là, la formule, c’est "Europe un jour, Europe toujours". C’est donc, parce que nous devons respecter le droit européen, nous dit Gérard Collomb, que nous devons absolument changer nos textes. Mais avant Gérard l’européen, nous avons eu droit à "Gérard le Méditerranéen" (désolée, ça fait un peu mafieux comme surnom).

Notre ministre nous a entraîné, vers le bassin méditerranéen, une région à stabiliser à tout prix, il a même cité Rafic Hariri. Je suis impressionnée : arriver à se servir de l’instabilité notable et historique du Liban pour justifier de textes plus durs sur l’immigration, c’est culotté, ou carrément une grosse blague. Ah oui, la Lybie aussi.

"Gérard l'Européen"

L’immigration "ce n'est rien qu’à cause que en Lybie ça va pas bien", qu’on doit faire attention à ceux qui voudraient venir en France. Après ce petit détour ensoleillé, on est revenu vers l’Europe. Car, il nous faut absolument, là, maintenant, un texte qui s’aligne sur le droit européen. Le droit européen, je ne sais pas, ça me laisse songeuse.

Il y a des textes et aussi un pacte européen, apparu en 2008. "Texte conçu pour constituer le socle durable, d’une politique européenne commune". Dans ce pacte, cinq engagements sont censés être respectés. On en tremblerait. C’est ça, le droit dont parle "Gérard l’Européen".

Engagement numéro 4 : bâtir une Europe de l’asile. Ah. On voit que ça a été bien bien respecté, et que ça a inquiété tout le monde depuis 10 ans, c’est sûr. Et puis, il y a l’agence Frontex, crée en 2004. "Ses tâches essentielles consistent, en premier lieu, à produire des analyses du risque migratoire irrégulier. En second lieu, à en tirer les conclusions opérationnelles". Le second lieu, a bien bien été respecté lui : laisser des passeurs (moi je dirais des tueurs) jeter les gens à la mer. Ça, ça marche très fort.

En un mot : on doit donc se plier au droit européen, quelque chose d’unifié. En France, nous allons passer à une rétention de 90 jours. Sachant qu’en Allemagne, c’est un an et demi, deux mois en Espagne. En Italie, c’est 90 jours, en principe. Au Portugal, c’est six mois. L’Europe, unie, à jamais. On le voit bien, l’argument européen tient tout à fait la route.          

Un homme dans une cellule du centre de rétention du Canet à Marseille, en novembre 2017.
Un homme dans une cellule du centre de rétention du Canet à Marseille, en novembre 2017. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)