En direct du monde, France info

La Serbie devra encore attendre pour être rassurée et apaisée par la France... en raison des "gilets jaunes"

Face à l'urgence de la situation en France due au mouvement des "gilets jaunes", le président de la République a reporté sa visite officielle prévue à partir de mercredi à Belgrade. 

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Le président serbe Aleksandar Vuvic avec le chef de l\'Etat français, le 17 juillet 2018 à Paris.
Le président serbe Aleksandar Vuvic avec le chef de l'Etat français, le 17 juillet 2018 à Paris. (GONZALO FUENTES / POOL / AFP)

Emmanuel Macron a renoncé à se rendre en Serbie pour une visite officielle mercredi 5 et jeudi 6 décembre, en raison de la crise des "gilets jaunes". Ce n'est que partie remise, espère Belgrade qui souhaite effacer un épisode récent fâcheux et nouer des relations apaisées.

Une volonté et un désir d’apaisement

Les Serbes comprennent les difficultés du président français et ne tiennent pas à en rajouter. Le président Aleksandar Vucic a donné le ton lors d’une conférence de presse, très sobre. "Nous nous étions préparés à cette visite, pour montrer notre sens de l’hospitalité, a-t-il déclaré, mais en raison de la situation intérieure, le président Macron nous a priés d’accepter un report de quelques semaines. Nous savons à quel point il est difficile de conduire des réformes économiques responsables. Nous l’avons fait il y a cinq ans."  

La visite d'Emmanuel Macron était très attendue, surtout depuis l’épisode fâcheux des cérémonies du 11-Novembre à Paris et l’humiliation vécue par le président serbe. Il s’est retrouvé relégué dans une tribune secondaire, alors que dans la tribune d’honneur, non loin d’Emmanuel Macron, se tenait le président du Kosovo, l’ancienne province serbe dont Belgrade ne reconnaît pas l’indépendance. Les Serbes n’ont pas digéré cet épisode, a expliqué Radomir Diklic, directeur de l’agence de presse Beta. "Cela a touché tous les Serbes, quelle que soit leur couleur politique. Ils ont très mal pris cela, parce que s'il y avait dans l'histoire de la Serbie moderne, un jour où il fallait qu'elle soit quand même un peu mise à l'honneur, c'était ce jour-là, étant donné toutes les victimes et tout ce que la Serbie a fait pendant la Première Guerre mondiale avec la France, indique-t-il. On ne s'attendait pas à ça de la France." On attend donc que le président Macron vienne apaiser et rassurer.

Des relations anciennes et de nouveaux liens espérés 

La France était aux côtés de la Serbie dès son indépendance à la fin du XIXe siècle. C'est le modèle d’État français qui a d’ailleurs été adopté par les élites. Les Français ont aidé à développer le pays, puis les Serbes ont combattu à leurs côtés lors de la Première Guerre mondiale. Bien plus tard, la période Milosevic a certes distendu les liens, les bombardements de Belgrade par l’Otan soutenus par la France restent un point de crispation, mais il y a cette volonté de voir la France comme une alliée pour le cheminement de la Serbie vers l’Europe. On compte aussi sur elle pour aider à résoudre le conflit avec le Kosovo et pour intensifier des échanges économiques plus qu’anémiques. D’où l’intérêt pour la venue d’Emmanuel Macron. Cela fait 17 ans qu’un président français ne s’est pas rendu en Serbie.

Le président serbe Aleksandar Vuvic avec le chef de l\'Etat français, le 17 juillet 2018 à Paris.
Le président serbe Aleksandar Vuvic avec le chef de l'Etat français, le 17 juillet 2018 à Paris. (GONZALO FUENTES / POOL / AFP)