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En Tunisie, des migrantes subsahariennes tombent dans le piège de l'esclavage

Le président tunisien a annoncé que chaque 23 janvier célébrerait, en tant que fête nationale, l’abolition de l’esclavage. Pourtant, le fléau ressurgit avec l'exploitation de migrantes.

Des réfugiées somaliennes accueillies dans un camp à Choucha, en Tunisie, en 2011 (illustration).
Des réfugiées somaliennes accueillies dans un camp à Choucha, en Tunisie, en 2011 (illustration). (BORNI HICHEM / AFP)

En Tunisie, on assiste aujourd’hui au retour d'une forme d'esclavage qu'on pensait bannie. Des femmes migrantes subsahariennes sont employées dans des maisons, comme domestiques, contre leur gré et sans salaire.

De riches familles les exploitent

Des témoignages livrés par ces femmes révèlent qu'elles viennent de Côte d’Ivoire, du Cameroun ou encore du Nigeria. Elles expliquent comment les passeurs, dans leur pays d’origine, leur ont raconté une toute autre histoire que celle qu’elles allaient vivre une fois arrivées en Tunisie, pourtant l’un des premiers pays à avoir aboli l'esclavage, le 23 janvier 1846. Ces femmes pensaient y trouver un travail décent, payé correctement. 

À l’aéroport de Tunis, elles sont emmenées directement dans des demeures généralement occupées par de riches familles tunisiennes qui leur confisquent leur passeport et les obligent à récurer, cuisiner quasiment non-stop. Les victimes racontent comment ces familles souvent les rappellent à l’ordre en leur disant "tu es mon esclave". Elles racontent aussi comment les propriétaires font parfois pression sur elles pour obtenir des rapports sexuels.  

Des femmes privées de liberté

Le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, a bien annoncé que chaque 23 janvier serait désormais célébrée la fête nationale de l’abolition de l’esclavage. Pour autant, les autorités ne font pas assez, voire rien, d'après les associations tunisiennes œuvrant contre la traite des êtres humains. Ces associations reconnaissent aussi que la Tunisie, écrasée par une crise économique et politique, n'a pas les moyens de lutter contre ces trafics. Et ce qui complique la tâche des autorités qui voudraient lutter contre cette nouvelle forme d'esclavage, c'est que les familles qui emploient des migrantes refusent que ces femmes mettent le nez dehors. Les employeurs redoutent que ces migrantes prennent la fuite et ils ne veulent pas attirer l’attention des autorités. 

Les migrantes, qui ont témoigné pour franceinfo et qui ont pu s’enfuir, racontent souvent que l'unique sortie qui leur avait été accordée, sous escorte de la famille tunisienne, concernait une visite médicale pour des analyses. Fréquemment, les familles tunisiennes veulent s’assurer que les migrantes n’ont pas le HIV, pour leur propre sécurité, et non pas celle de leurs employées sans salaire. 

L'Europe visée par des ONG

De plus en plus de migrants passent par la Tunisie pour tenter ensuite de rejoindre l'Europe, en traversant la Méditerranée. Les femmes sont donc de plus en plus nombreuses à être happées par les trafiquants et à se voir bloquées dans ces maisons. C'est pourquoi, les associations condamnent surtout l’Europe qui ferme la Méditerranée et fait pression pour que la Tunisie gère elle-même ces migrants qu’elle ne veut pas voir arriver sur ses terres. L’Europe fait preuve d’une "lâcheté criminelle qui nourrit ces nouvelles formes d’esclavage", a affirmé, il y a quelques jours, le responsable de l'ONG Euromed rights, basée à Tunis.  

 

Des réfugiées somaliennes accueillies dans un camp à Choucha, en Tunisie, en 2011 (illustration).
Des réfugiées somaliennes accueillies dans un camp à Choucha, en Tunisie, en 2011 (illustration). (BORNI HICHEM / AFP)