En Inde, polémique autour d'un film qui dévoile les liens étroits entre Bollywood et le pouvoir politique

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"The Kashmir Files" raconte de façon manichéenne la fuite des hindous du Cachemire, il y a 30 ans, et a reçu le soutien du gouvernement indien. De nombreuses critiques ont été émises, notamment lors de la clôture du Festival international du film de Goa.
Article rédigé par
Sébastien Farcis, édité par Ariane Schwab - franceinfo
Radio France
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Temps de lecture : 1 min.
L'affiche du film polémique "The Kashmir Files". (XAVIER GALIANA / AFP)

Le président du jury du festival international de Goa, dans le sud de l’Inde, le réalisateur israélien Nadav Lapid, en annonçant le palmarès 2022, a tenu à ajouter une remarque, au nom des cinq jurés, dont une francaise. "Nous avons tous été perturbés et choqués par le film ‘The Kashmir Files’, qui nous a semblé être un vulgaire film de propagande qui n’a pas sa place dans une section de compétition artistique d’un festival si prestigieux".

Et effectivement, The Kashmir Files est le long métrage le plus controversé de l’année en Inde. Il parle des assassinats ciblés et de l’exil de milliers d’hindous de la région du Cachemire dans les années 1990, au moment du début de la guerre civile entre l’armée et les indépendantistes islamistes. Ce sujet est donc très sensible, et le réalisateur du film, Vivek Agnihotri, s’en empare pour en faire un drame manichéen, dans lequel les terroristes sont montrés comme des assassins assoiffés de sang et les autres musulmans de la région, comme des informateurs des terroristes. Une description qui a choqué le jury.

Un film politiquement instrumentalisé

Mais Vivek Agnihotri n’accepte pas la critique. Le réalisateur défend l’authenticité de son script, basé sur des témoignages réels, et accuse Nadav Lapid de chercher à nier l’existence des crimes commis contre les hindous. Ce qui n’est pas le cas, car le réalisateur israélien critique seulement le film, pas les faits historiques racontés. Le gouvernement indien est alors monté au créneau, disant regretter que Nadav Lapid se serve du festival pour faire de la politique. Or non seulement il a été invité à ce festival pour donner son opinion, mais surtout, tout est politique avec ce film.

Son récit, aux tendances islamophobes, adopte les thèses du parti nationaliste hindou au pouvoir. Lors de sa sortie en salle, le gouvernement a ainsi utilisé The Kashmir Files comme un instrument politique, en le promouvant et en exemptant ses entrées de TVA. Critiquer ce long métrage lors d’un festival entraîne des tensions politiques et diplomatiques avec Israël, ce qui montre en soi l’ambiguïté de la nature de ce film. Et indique que la critique artistique de telles œuvres est de moins en moins acceptée par l’État indien.  

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