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En Hongrie, les carences du système de santé publique pourraient coûter cher au Premier ministre

À cinq semaines des législatives, le parti du Premier ministre nationaliste Viktor Orban est donné largement gagnant, mais l’état calamiteux du système de santé publique pourrait lui coûter des voix.

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Une femme reçoit des soins au St Janos Hospital de Budapest.
Une femme reçoit des soins au St Janos Hospital de Budapest. (GABOR KERTESZ / AFP)

Le sujet inquiète le gouvernement hongrois. Si, à cinq semaines des élections législatives, le parti du Premier ministre nationaliste Viktor Orban est donné largement gagnant et espère conserver sa majorité des 2/3 au parlement, l’état calamiteux de la santé publique pourrait lui coûter des voix.

Les hôpitaux obligés de publier des bonnes nouvelles

Selon le journal d’opposition Népszava, le gouvernement aurait ainsi demandé à chaque directeur d’hôpital de publier deux bonnes nouvelles par semaine. Mais cette opération de communication est presque une mission impossible, vu l’état catastrophique des hôpitaux publics. Par exemple, avant Noël, une personne a été retrouvée morte dans les toilettes d’un hôpital. Elle était décédée depuis cinq jours. La même chose est arrivée dans un autre établissement. De plus en plus de personnalités dénoncent les carences du système de santé. C’est le cas de la chanteuse de world music Kinga Kramli. À 34 ans, elle souffre d’une maladie de l’utérus très douloureuse. C’est opérable mais voilà, elle ne pourra pas être opérée avant… 2022.

Et s’il existe des hôpitaux et des cliniques privées en Hongrie, ils ne sont pas conventionnés et comme il n’existe pas encore de mutuelles ni d’assurance privée, le malade doit payer l’intégralité de sa poche. Par ailleurs, les cliniques privées sont dépourvues de service d’urgence. Or, les urgences sont le point faible des hôpitaux hongrois… Récemment une écrivaine connue, Zsuzsa Vathy, a déclaré une allergie au vaccin de la grippe. Elle a attendu plus de six heures aux urgences et en est morte car personne ne l’a prise en charge. Toutes les semaines, on entend parler d’un cas similaire. Aujourd’hui en Hongrie, on meurt à l’hôpital, faute de soins.

Le chantier est énorme

Aux prémices de cette situation, l’absence de courage de réformer des gouvernements successifs. Il faut dire que le chantier est énorme. Les médecins et les infirmières sont tellement mal payés qu’ils quittent le pays en masse. En Hongrie, une infirmière gagne 400 euros nets par mois, quatre fois moins qu’en Autriche.

Cette question de la santé publique ne pèsera pas forcément pour autant dans la campagne électorale. Le gouvernement hongrois évite le sujet et refuse tout débat télévisé avec l’opposition pendant cette campagne. Mais on parle beaucoup du sujet sur les réseaux sociaux. Parfois avec humour. Récemment, un membre de l’opposition, la socialiste Ildiko Lendvai, a déclaré qu’elle se portait volontaire pour redorer le blason de la santé publique. Elle a publié des bonnes nouvelles sur un blog. On y lit par exemple : "Bonne nouvelle : cette semaine, aucun médecin n’est parti à l’étranger." Ou encore : "L’hôpital St Jean a fusionné avec un autre hôpital ; comme cela, les deux établissements pourront mutualiser la production des bonnes nouvelles."

Une femme reçoit des soins au St Janos Hospital de Budapest.
Une femme reçoit des soins au St Janos Hospital de Budapest. (GABOR KERTESZ / AFP)