En Espagne, les écrivains vont pouvoir consulter leurs chiffres de vente sans passer par les éditeurs

Les auteurs et illustrateurs viennent de signer un accord avec les représentants du secteur de l'édition. Ils veulent ainsi s'assurer que les droits versés par leur éditeur correspondent bien au nombre de livres réellement vendus.
Article rédigé par franceinfo, Mathieu de Taillac
Radio France
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Temps de lecture : 2 min
Grâce à la signature d'un accord, les auteurs espagnols auront désormais accès au logiciel de vente des livres des librairies. Photo d'illustration. (MAICA / E+)

Jusqu'ici, les écrivains et écrivaines espagnoles ne pouvaient pas vérifier les chiffres des ventes de leurs livres. Ils étaient obligés de faire confiance à leurs éditeurs, lesquels sont aussi ceux chargés de les payer en fonction des chiffres de ces ventes. Mais voilà que des associations d’auteurs sont parvenus à un accord avec le collectif des libraires pour obtenir directement leurs données, sans passer par les maisons d'édition.

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Deux associations, l’une d’écrivains, l’autre d’illustrateurs, se sont mis d’accord avec le principal collectif des libraires, qui représente 70% des ventes de livres à travers le pays. Les auteurs ont désormais accès (payant) au système informatique des librairies. LibriRed, c'est le nom de ce logiciel, et prend note à chaque fois qu’un livre passe sous le lecteur de code-barres de la caisse. À partir du mois de juin, n’importe lequel des 2 200 membres de l’association d’écrivains ACE pourra ainsi, s’il le souhaite, payer 10 euros et avoir un rapport détaillé des ventes d’un ou de plusieurs de leurs ouvrages. Et, éventuellement, comparer ces chiffres avec ceux que lui a donnés sa maison d’édition en lui versant ses droits d’auteurs. 

Les auteurs veulent en finir avec cette boite noire des chiffres de ventes des éditeurs. Et ils s’attendent à des surprises, dans les deux sens, comme me le dit le président de l’ACE, Manuel Rico. Pour ceux qui sont persuadés que leur éditeur leur ment, il y aura des confirmations, mais aussi des cures d’humilité, prédit-il : "Un auteur peut penser avoir vendu beaucoup de livres et que son éditeur ne lui donne pas les chiffres réels. Quand il consulte les chiffres de LibriRed, il peut se passer deux choses. Ça peut coïncider avec l’éditeur. Mais ça peut être le contraire, qu’effectivement beaucoup plus de livres aient été vendus que ce qui lui a été payé. Et là, c’est une information qu’il peut utiliser pour réclamer auprès de l’éditeur". 

La même traçabilité qu'"un sac de pomme de terre"

Manuel Rico ajoute quand même que, d’après son expérience, la grande majorité des éditeurs sont honnêtes et ne passent pas leurs journées à truander les chiffres de leurs auteurs. Il y a un risque que cette alliance entre libraires et auteurs sème la zizanie avec les éditeurs. Les maisons d'édition n'ont pas affiché de prise de position collective, il n'y a pas eu de communiqués officiels. Manuel Rico a posé la question aux éditeurs individuellement à l'occasion de salons du live ou d'événements : "La majorité comprend qu’il est inévitable de faire des pas vers la transparence. Un sac de pommes de terre a une traçabilité par exemple, comment comprendre qu’un livre n’ait pas cette même traçabilité ? Un autre éditeur m’a dit qu’il avait l’impression d’être accusé de comportements illégaux. Je lui ai dit que ce n’est pas du tout ça, que le système va distinguer les éditeurs qui agissent correctement des autres". 

Des libraires plus bavards, des livres plus traçables, des écrivains mieux nourris aux droits d’auteur et des éditeurs à la sincérité garantie. Si le système espagnol fonctionne bien, c’est toute la filière littéraire qui pourrait en ressortir grandie. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

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