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En direct du monde. En Pologne, le très attendu procès de l’ex-président Walesa pour diffamation

L’icône polonaise et ancien prix Nobel de la paix avait accusé le frère de Jaroswav Kaczynski, le chef du parti ultra-conservateur du PiS, au pouvoir, d’être responsable du crash de l’avion dans lequel il a trouvé la mort en 2010.

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L\'ancien prix Nobel de la pais, Lech Walesa, le 4 juillet à Varsovie.
L'ancien prix Nobel de la pais, Lech Walesa, le 4 juillet à Varsovie. (ADAM CHELSTOWSKI / AFP)

Mercredi, les yeux des Polonais sont braqués sur Gdansk, la ville portuaire au nord du pays où s’ouvre un procès médiatique et politique. L’ex-président et prix Nobel de la paix Lech Walesa doit se défendre dans une affaire de diffamation lancée contre lui par Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti ultra-conservateur du PiS, au pouvoir en Pologne. Il y a deux ans, l’ancien prix Nobel de la paix avait accusé le frère de Jaroswav Kaczynski d’être responsable du crash de l’avion dans lequel il a trouvé la mort en 2010.

Deux versions s'opposent

A bord, 96 personnes : celui qui était alors président, sa femme, un ministre, des députés et des hauts dignitaires. Aucun ne survivra. Une commission d’enquête conclura à des erreurs de l’équipage de l’avion. Or, pour Walesa, c’est bien Lech Kaczynski qui est à l’origine de la catastrophe : ce dernier aurait en effet forcé les pilotes à atterrir alors que les conditions météo étaient très mauvaises. Son frère, Jaroswav, veut défendre la mémoire de son frère défunt. Lui, ainsi que beaucoup d’autres membres de son parti, le PiS, sont convaincus que l’accident de Smolensk, en Russie, est en fait un attentat perpétré par Moscou. Deux versions diamétralement opposés et qui se font donc face aujourd’hui au tribunal de Gdansk.

Cette audience, mercredi matin, est aussi le symbole de la haine entre deux des hommes politiques les plus importants du pays. Les deux se connaissent très bien et travaillaient ensemble aux chantiers navals de Gdansk. Ils ont par ailleurs participé ensemble au sein de Solidarnosc aux grandes grèves de 1980 qui ont amené plus tard à la chute du régime communiste. Mais dès cette époque, Lech Walesa d’un côté, et les frères Kaczynski de l’autre, ont une vision très différente pour l’avenir du pays.

L’entente cordiale est brisée en 1992 : Walesa, président de la République, exclut du gouvernement les deux frères. S’ensuivront 25 ans de haines et d’accusation réciproques. Jaroswav Kaczynski essaye ainsi de briser l’image de Lech Walesa, en lui reprochant, documents à l’appui, d’avoir collaboré avec le régime communiste dans les années 1970.

Jaroslaw Kaczynski ne viendra pas à Gdansk

Peut-on envisager une réconciliation ou au moins une main tendue entre les deux hommes au tribunal ? C’était espéré. La Cour a d’ailleurs exigé leur présence obligatoire. Dans un courrier, Lech Walesa a demandé pardon à Jaroslaw Kaczynski et à son frère défunt. Mais le chef du parti PiS, au pouvoir, a adressé une fin de non-recevoir. Il ne viendra d’ailleurs pas à Gdansk mercredi. Comme au mois de mai, où il était convoqué, Jaroswav Kaczynski est de nouveau hospitalisé, officiellement pour des problèmes d’arthrite. Kaczynski était pourtant à Gdansk le week-end dernier pour un meeting : Lech Walesa le soupçonne donc de vouloir éviter les retrouvailles… C’est donc une rencontre déjà avortée entre l’icône polonaise, ex-chef de l’État et prix Nobel de la paix d’un côté, et à l’opposé le chef du parti ultra-conservateur qui détermine aujourd’hui la politique de la Pologne.    

L\'ancien prix Nobel de la pais, Lech Walesa, le 4 juillet à Varsovie.
L'ancien prix Nobel de la pais, Lech Walesa, le 4 juillet à Varsovie. (ADAM CHELSTOWSKI / AFP)