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En direct du monde. En Inde, près de quatre millions de personnes pourraient perdre leur nationalité.

Le pays a lancé un processus de recensement pour identifier les migrants illégaux. 

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Des hommes sont recensés dans l\'État d\'Assam, en Inde, le 30 juillet 2018. 
Des hommes sont recensés dans l'État d'Assam, en Inde, le 30 juillet 2018.  (STR / EPA)

Après un processus de recensement, l'Inde envisage de retirer leur nationalité à près de quatre millions de personnes. Selon la première liste rendue publique lundi 30 juillet, la mesure concerne des résidents, la plupart des musulmans, qui vivent dans l'État d'Assam, à la frontière avec le Bangladesh. Il s'agit pour New-Dehli d'identifier les migrants illégaux arrivés depuis près de 50 ans, mais les autorités craignent des tensions. 

Frontière poreuse depuis des décennies avec le voisin bangladais 

En 1971, la guerre d'indépendance au Bangladesh a entraîné la fuite de centaines de milliers de Bangladais vers l'Inde. Certains réfugiés sont parvenus à obtenir la nationalité indienne. Entre 1971 et 1978, le nombre d'électeurs dans la région d'Assam a bondi de 50%. Et la migration illégale continue, parfois tolérée par les partis politiques qui offrent le droit de vote à ces personnes en échange de leurs voies. Les musulmans deviennent ainsi plus nombreux que les hindous dans certains districts, ce qui entraîne des conflits communautaires.

En 2015, la Cour suprême accepte de superviser un nouveau recensement, qui vient de se terminer. La règle est claire : toute personne qui ne peut prouver sa présence avant la guerre de 1971 ne peut être considérée comme Indienne.

Un processus contestable 

Cette déchéance de nationalité vise 12% de la population de l'Assam. Mais des erreurs flagrantes ont été relevées dans le recensement réalisé par l'Inde. Par exemple, des vétérans de l'armée indienne ont été exclus des listes car ils n'ont pas voté dans l'État lors des dernières élections. Cela a fait souffler un vent de panique ces derniers jours, et a poussé le ministre fédéral de l'Intérieur à réagir. Il affirme que ces personnes pourront faire appel jusqu'à fin septembre.

La plupart des citoyens concernés sont musulmans

Certains observateurs craignent que le gouvernement nationaliste hindou au pouvoir utilise ce recensement pour chasser les musulmans, qu'ils soient illégaux ou pas, sous prétexte qu'ils ne pourraient prouver leur présence sur place depuis près de 50 ans.

Les responsables de ce parti ne cachent pas leur intention de faire de l'Inde une terre hindoue. La situation est donc très tendue, car on ne sait pas ce qui arrivera à tous ceux qui ne seront plus considérés comme citoyens indiens. Deviendront-ils apatrides, seront-ils expulsés ? Pour l'instant, le gouvernement réfute ces théories, mais certains n'hésitent pas à faire le parallèle avec la situation en Birmanie voisine, où le gouvernement pro-bouddhiste a déchu de leur nationalité des millions de Rohingyas musulmans, sous prétexte qu'ils viendraient, là aussi, du Bangladesh. Ce qui a entraîné la plus grande crise humanitaire des dernières décennies. 

Des hommes sont recensés dans l\'État d\'Assam, en Inde, le 30 juillet 2018. 
Des hommes sont recensés dans l'État d'Assam, en Inde, le 30 juillet 2018.  (STR / EPA)