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En direct du monde. Aux Pays-Bas, des prisonniers appelés pour résoudre des affaires judiciaires

Une nouvelle initiative assez surprenante de la police néerlandaise. Dans cinq prisons du pays, les détenus sont désormais chargés de se pencher sur des affaires encore jamais résolues.

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Cellule d\'une prison à Amsterdam, aux Pays-Bas, le 13 juillet 2016.
Cellule d'une prison à Amsterdam, aux Pays-Bas, le 13 juillet 2016. (REMKO DE WAAL / ANP)

La police néerlandaise a fait imprimer 4 000 calendriers, sur lesquels se trouvent 52 affaires encore jamais résolues. C’est-à-dire une affaire à résoudre chaque semaine. Les calendriers sont, pour l’instant, destinés aux détenus de cinq prisons du pays. L’objectif pour la police, c’est de récupérer des informations peut-être cruciales et cela, grâce à l’aide des prisonniers. Et la police promet 15 000 euros de récompense pour tout indice concluant par affaire. Au total, la justice dit avoir débloqué un budget de 800 000 euros pour les éventuelles récompenses.

Les détenus bien placés pour obtenir des indices

Certains auteurs de crimes non résolus se sont peut-être confiés à des co-détenus, estime la police néerlandaise. Dans une vidéo officielle diffusée, ce mois-ci, les autorités expliquent qu’il y aurait, aux Pays-Bas, environ 800 personnes informées d’importants secrets liés à ces crimes toujours non résolus. Parmi eux, donc, les prisonniers.

Aux Pays-Bas, on compte environ 1 500 affaires non résolues. Parmi elles, de très nombreux meurtres mais aussi des agressions sexuelles et de graves délits. De ces 1 500 affaires, la police en a donc sélectionné 52. Et toutes peuvent encore êtres résolues, estime la police, même 10, 15 ou 25 ans après. Exemple : le meurtre, en 1995, de Manon Seijkens, huit ans, à Helmond dans le sud du pays. Le corps de la petite fille avait été retrouvé six mois après sa disparition à quelques centaines de mètres du logement de ses parents. Mais l’auteur du crime n’a jamais été retrouvé. Il y a encore le meurtre d’une grand-mère de 93 ans à Utrecht en 2005. Ou encore le double meurtre en 2006 d’un couple à Rotterdam.

Une initiative qui ne fait pas l'unanimité 

Tout le monde ne voit pas l'initiative d'un très bon oeil. À commencer par Bonjo, une organisation néerlandaise de défense des détenus et anciens détenus. Elle juge que cette chasse aux indices ne va pas forcément dans l’intérêt des prisonniers. Pour elle, la police ne demande ni plus ni moins autre chose aux détenus que de jouer les mouchards. Un rôle qui, souligne Bonjo, peut se révéler extrêmement dangereux pour les détenus.

Autre problème, selon l’organisation de défense des détenus, la récompense. Elle trouverait une remise de peine accompagnée d’une protection accrue bien plus judicieuse qu’une récompense financière. À quoi sert l’argent lorsqu’on est en prison, demande Bonjo, qui soupçonne en passant les autorités de ne jamais verser la somme promise aux détenus. La police pourrait très bien répondre aux prisonniers qu’elle avait déjà l’information avant qu’ils ne la leur dévoile, juge l’organisation.

Cellule d\'une prison à Amsterdam, aux Pays-Bas, le 13 juillet 2016.
Cellule d'une prison à Amsterdam, aux Pays-Bas, le 13 juillet 2016. (REMKO DE WAAL / ANP)