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En Corée du sud, deux pêcheurs nord-coréens demandeurs d'asile renvoyés chez eux

Les associations de défense des Droits de l’Homme accusent Séoul d’avoir violé la loi internationale, notamment la Convention de l’ONU contre la torture, parce que ces deux transfuges risquent les pires châtiments au Nord.

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Le président sud-coréen Moon Jae-in.
Le président sud-coréen Moon Jae-in. (JUNG YEON-JE / POOL)

La Corée du Sud est sous le feu des critiques depuis qu’elle a renvoyé en Corée du Nord, début novembre, deux pêcheurs nord-coréens qui avaient pourtant demandé asile dans le pays. Les associations de défense des Droits de l’Homme accusent Séoul d’avoir violé la loi internationale, notamment la Convention de l’ONU contre la torture, parce que ces deux transfuges risquent les pires châtiments au Nord.

Séoul accusé d'avoir bâclé l'enquête

C’est une histoire étrange : ces deux pêcheurs nord-coréens sont accusés d’avoir assassiné, sur leur tout petit bateau, leur capitaine et quinze membres de leur équipage. Ils auraient voulu se venger des violences commises par ce capitaine. Ces deux hommes ont ensuite mis le cap vers la Corée du Sud, où ils ont été arrêtés par la marine sud-coréenne. Ils ont demandé l’asile, mais après quelques jours d’interrogatoires, Séoul leur a refusé le statut de réfugié et les a renvoyés au Nord.

C’est la première fois depuis 1953 que le Sud expulse des transfuges qui demandent à rester. Cette décision est critiquée et qualifiée de "honteuse" par plusieurs associations ici, qui accusent Séoul d’avoir bâclé l'enquête et de ne pas avoir offert de procès aux deux Nord-Coréens. "Comment deux hommes ont réussi à tuer 16 autres sur un bateau de pêche ne me semble pas très clair, indique Phil Robertson, vice-directeur Asie de l’ONG Human Rights Watch. À première vue, cela semble suspect."

Nous nous attendions à une enquête beaucoup plus approfondie, en particulier parce que ces deux hommes, une fois en Corée du Nord, risquent la torture, et pire. La Corée du Sud avait le devoir de leur offrir la justice.

Phil Robertson

Human Rights Watch

Seulement cinq jours se sont passés entre l’arrestation des deux pêcheurs et leur expulsion. Selon certains analystes ici, la Corée du Sud pourrait avoir cherché à apaiser Pyongyang, dans un contexte d’effondrement du dialogue intercoréen depuis février. Une attitude qui suscite la controverse... "Le président sud-coréen Moon Jae-in a malheureusement abandonné tout principe en matière de Droits de l’Homme en Corée du Nord, poursuit Phil Robertson. Il semble être prêt à donner aux Nord-Coréens tout ce qu’il peut, pour les convaincre de reprendre le dialogue. Et c’est honteux, pour un homme qui dit avoir été un avocat des droits de l’Homme au début de sa carrière."

Face à la polémique grandissante, le gouvernement sud-coréen a assuré vendredi n’avoir aucun doute sur la culpabilité des deux pêcheurs : ceux-ci auraient reconnu leurs crimes lors d’interrogatoires séparés. Pyongyang aurait aussi confirmé les faits. Seoul affirme enfin que ces deux hommes représentaient une menace pour la sécurité de sa population. Une réponse qui ne satisfait pas les associations.

Le président sud-coréen Moon Jae-in.
Le président sud-coréen Moon Jae-in. (JUNG YEON-JE / POOL)