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En Bolivie, des élections judiciaires uniques au monde, pour choisir les plus hauts magistrats

Les électeurs boliviens se rendront aux urnes dimanche 3 décembre pour une élection particulière, celle de hauts magistrats. Un fonctionnement judiciaire inédit, mais qui est loin d’être un exemple.

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Lors d\'un premier scrutin en 2011, ici à La Paz, les Boliviens avaient élu les plus hauts magistrats du pays. 
Lors d'un premier scrutin en 2011, ici à La Paz, les Boliviens avaient élu les plus hauts magistrats du pays.  (MAXPPP)

Les électeurs boliviens se rendront aux urnes dimanche 3 décembre pour un vote unique au monde. Ils vont choisir les hauts magistrats des principales instances judiciaires. La Bolivie est le seul pays à organiser des élections de ce genre, mais son système judiciaire est loin d’être un exemple.

Le choix des magistrats les plus importants

En Bolivie, où le vote est obligatoire, le scrutin de dimanche va porter sur la désignation des magistrats du Conseil de la magistrature, du Tribunal constitutionnel, du Tribunal suprême et du Tribunal environnemental. Ces instances représentent les quatre plus hautes autorités judiciaires du pays. Au total, 96 candidats sont sur les rangs. Pour se présenter, les conditions sont très souples. Elles varient selon les institutions, mais de façon générale, il suffit d'avoir une petite expérience juridique ou un diplôme en droit, de ne pas avoir été inquiété par la justice et, comme pour tout autre emploi administratif en Bolivie, il est nécessaire de parler une langue native. Le but de ces élections est de donner une légitimité démocratique à une justice qui a mauvaise réputation, à la fois dans le pays et dans les classements internationaux.

Une élection qui concentre les critiques

L'ensemble de l'opposition a appelé à voter blanc dimanche. Le choix des candidats, qui serait partisan, est notamment pointé du doigt. Il s'agit de préciser que c’est l’Assemblée nationale qui a présélectionné les candidatures. Pour cette raison, beaucoup affirment que les députés auraient choisi des candidats aux idées validées par le Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti du président de la Bolivie, Evo Morales. Et la récente décision du Tribunal constitutionnel d'accepter une quatrième candidature du président Morales ne ferait que confirmer ce manque d'indépendance de la justice, puisque les magistrats constitutionnels, élus en 2011, sont allés à l'encontre de la Constitution, mais aussi du référendum de 2016. Les Boliviens avaient alors majoritairement dit "non" à la présence d'Evo Morales à la prochaine présidentielle.

Avec cet appel au vote blanc de l’opposition, les résultats pourraient être semblables à ceux de 2011, lors de la première élection de ce type. Les votes nuls et blancs avaient alors atteint plus de 60% des voix.  

Une organisation modifiée depuis le premier scrutin 

En six ans, plusieurs changements sont intervenus. La modification majeure concerne la possibilité pour les candidats de faire "valoir leurs mérites" dans les médias. Le gouvernement a tenu à préciser qu'il ne s'agit pas de "faire campagne", puisqu'une tournée électorale n'aurait pas lieu d’être pour une élection judiciaire. En revanche, il s’agit de faire connaitre le parcours et la vision des aspirants magistrats. La modification porte sur l'une des critiques majeures du scrutin de 2011. Les votants n’avaient pas entendu parler des candidats car leur apparition dans les journaux était interdite. Cette particularité, maintenant abandonnée, avait entrainé un pourcentage élevé de votes blancs et nuls. Certains candidats avaient été élus avec moins de 4% des voix... 

Lors d\'un premier scrutin en 2011, ici à La Paz, les Boliviens avaient élu les plus hauts magistrats du pays. 
Lors d'un premier scrutin en 2011, ici à La Paz, les Boliviens avaient élu les plus hauts magistrats du pays.  (MAXPPP)