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Au Québec, la question du déclin de la langue française ressurgit

C'est dans cette province francophone du Canada que la langue de Molière subirait les plus forts outrages. Des Québécois s'inquiètent de la place prise par l'anglais à Montréal, notamment dans les commerces.

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Un panneau d\'arrêt bilingue à la frontière entre les États-Unis et le Canada, à East Hereford au Québec en 2017. Photo d\'illustration.
Un panneau d'arrêt bilingue à la frontière entre les États-Unis et le Canada, à East Hereford au Québec en 2017. Photo d'illustration. (DON EMMERT / AFP)

La langue française en danger au Canada ? Cette question ressurgit de façon récurrente dans ce pays officiellement bilingue. C’est à Montréal, au Québec, seule province francophone du Canada, que la langue de Molière subirait les plus forts outrages, ce qui inquiète forcément les Québécois. En révélant il y a quelques jours qu’il avait reçu l’an dernier près de 800 plaintes de Montréalais estimant n’avoir pas pu se faire servir en français dans un magasin, le double d’il y a cinq ans, l’Office québécois de la langue française a ravivé les inquiétudes.

C’est vrai qu’à Montréal, on vous reçoit souvent d’un "Bonjour Hi", déjà discutable du point de vue de la pureté de la langue, mais dans certains quartiers, l’anglais est indispensable pour se faire comprendre. Et ce qui ailleurs pourrait être considéré comme une marque d’ouverture, de cosmopolitisme de la ville, est ici vécu comme un scandale. Les Québécois ont fait du français un élément constitutif de leur singularité, de leur peuple, voire de leur nation. Ils entendent résister encore et toujours à l’envahisseur, l’anglais.

Moins de 3% des Canadiens disent pouvoir s'exprimer en français

Ce qui les met en rogne, c’est que même les Français n'ont pas bien conscience de ce qui se joue. Alexandre Cormier-Denis est président d’un think tank d’extrême droite, ultra-minoritaire au Québec : "Le problème des fois, c’est que les Français parlent entre eux, et parfois à leurs enfants, en anglais avec leur accent français dégueulasse. C’est dégueulasse ! Ils viennent à Montréal, ils apprennent l’anglais à leurs enfants, ils viennent nous angliciser. C’est dingue ça ! Les gars, on est en lutte nationale de la race française d’Amérique depuis quatre siècles ! Si vous voulez vivre votre rêve américain, allez-y aux États-Unis ! Allez-y à New York, les Français !" 
Au-delà de ces propos excessifs, ce que nombre de Québécois craignent, c’est de finir par ressembler à la Louisiane. Dans cette ex-province française, désormais américaine, le français est devenu un simple élément de folklore local.

Les politiques entendent réagir à ce déclin du français. Les gouvernements québécois et canadien s’apprêtent à renforcer leur lois protectrices du français, notamment au niveau fédéral, en rendant obligatoire la nomination de juges bilingues à la cour suprême ou en favorisant l’immigration francophone. Mais le combat engagé semble bien inégal. En 2019, moins de 3% des Canadiens disaient pouvoir s'exprimer en français. Une réalité bien "tough", bien difficile, comme disent même les Québécois dans leur langue qu’ils ne dédaignent pas de parsemer d’anglicismes.

Un panneau d\'arrêt bilingue à la frontière entre les États-Unis et le Canada, à East Hereford au Québec en 2017. Photo d\'illustration.
Un panneau d'arrêt bilingue à la frontière entre les États-Unis et le Canada, à East Hereford au Québec en 2017. Photo d'illustration. (DON EMMERT / AFP)