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Au Nicaragua, la répression contre les opposants politiques fait rage

On dénombre plus de 330 morts lors de la répression des manifestations depuis le printemps dernier.

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Des Nicaraguayens manifestent contre le président Ortega, à l\'occasion du sommet ibéro-américain à Antigua, au Guatemala, le 15 novembre 2018.
Des Nicaraguayens manifestent contre le président Ortega, à l'occasion du sommet ibéro-américain à Antigua, au Guatemala, le 15 novembre 2018. (JOHAN ORDONEZ / AFP)

Jeudi 15 novembre, la ville d’Antigua, au Guatemala, a hébergé le sommet ibéro-américain, qui réunit les chefs d’État et de gouvernement des pays d’Amérique latine, d’Espagne et du Portugal. Au centre de tous les débats se trouve la question des migrants.

La caravane de Centraméricains atteint ces jours-ci la frontière américaine après une longue traversée du Mexique. Les Vénézuéliens sont toujours nombreux à fuir leur pays. Et puis il y a le Nicaragua : 40 000 personnes ont quitté ce pays pour s’exiler au Costa Rica et d’autres au Guatemala, pour échapper à la répression ordonnée par Daniel Ortega contre ses opposants depuis le printemps dernier.

Le président Daniel Ortega compte assister à ce sommet, malgré les critiques des autres gouvernements latino-américains. En effet, Daniel Ortega est attendu au Guatemala, notamment par des opposants qui se sont réfugiés dans ce pays. Ils ont manifesté jeudi 15 novembre en portant des photos de nombreux jeunes tués par la police depuis le printemps dernier. On dénombre plus de 330 morts lors de la répression des manifestations.

Répression

Mais Daniel Ortega a fait faux bond à ces manifestants, il a reporté son arrivée à vendredi 16 novembre. C’est ironique qu’Ortega soit accueilli par des protestations au Guatemala, alors que lui-même a interdit les manifestations dans son pays. Depuis septembre, les opposants ne peuvent plus défiler dans les rues de Managua ni d’aucune autre ville du pays.  

Il est devenu de plus en plus difficile pour les opposants de s'exprimer. À Managua, franceinfo a rencontré plusieurs personnes qui avaient été blessées par la police. Des gens qui avaient tenté de manifester et étaient violemment embarqués et qui portent les traces de cette violence. Ces dernières semaines, la plupart des manifestations se déroulaient dans les églises, afin d’éviter les persécutions policières. Les réseaux sociaux sont devenus le principal moyen d’expression des opposants, qui postent notamment les vidéos des arrestations illégales, perpétrées par des paramilitaires loyaux à Ortega. Beaucoup de jeunes se sont faits séquestrer en pleine rue ces dernières semaines et ils apparaissent ensuite en prison.

Drapeau interdit dans la rue

Et puis le drapeau du Nicaragua, que l’opposition utilise généralement lors des manifestations, est aussi pourchassé par la police. En effet, les couleurs du drapeau sont bannies sur la voie publique, au risque de se faire arrêter. C’est ce qui est arrivé notamment au marathonien Alex Venegas qui a été arrêté cinq fois parce qu’il court dans les rues de Managua vêtu en bleu et blanc. Et lors du jour des morts, la police a arrêté de nombreuses personnes qui posaient des couronnes de fleurs bleues et blanches sur les tombes. J’ai moi-même été témoin d’un incident : le mari d’une prisonnière politique s’est vu refuser l’entrée à la prison pour apporter à manger à sa femme parce qu’il transportait la nourriture dans un sac bleu.

Des Nicaraguayens manifestent contre le président Ortega, à l\'occasion du sommet ibéro-américain à Antigua, au Guatemala, le 15 novembre 2018.
Des Nicaraguayens manifestent contre le président Ortega, à l'occasion du sommet ibéro-américain à Antigua, au Guatemala, le 15 novembre 2018. (JOHAN ORDONEZ / AFP)