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À Madagascar, une campagne électorale "avec des frais qui dépassent l'entendement"

Les principaux candidats à la présidentielle dépensent d'énormes sommes d'argent pour attirer les électeurs, avant le scrutin de mercredi.

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Le candidat à l\'élection présidentielle Andry Rajoelina, à Tuléar, le 4 novembre 2018.
Le candidat à l'élection présidentielle Andry Rajoelina, à Tuléar, le 4 novembre 2018. (MARCO LONGARI / AFP)

Madagascar s’apprête à aller aux urnes pour élire son président de la République, mercredi 7 novembre. Quelque 36 candidats sont en lice, dont quatre anciens présidents et trois ex-premiers ministres. Pays indépendant depuis 1960, la Grande Île n’en est pas à sa première élection. Cependant, cette campagne a quelque chose de différent des précédentes : une débauche ahurissante de moyens déployés par les trois candidats favoris. "Une indécence", aux yeux de certains, dans un pays où 9 personnes sur 10 vivent avec moins de trois dollars par jour.

Plusieurs millions de dollars

Ces dépenses, ce sont des meetings qui ressemblent à des shows de rock stars, avec des arrivées sur scène par hélicoptère, des clips télévisés soignés, des t-shirts distribués par milliers, de l’argent, aussi, souvent. Ce sont les trois favoris, les trois derniers présidents de la République Hery Rajaonarimampianina, Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana, qui détiennent les plus gros financements. Des sommes colossales, difficilement quantifiables, mais qui se chiffrent à plusieurs millions de dollars.

Les petits candidats, mais surtout la société civile, sont très critiques à l’égard de ces dépenses ostentatoires et du fossé qui sépare ces prétendants de la population, miséreuse. Une situation que déplore Ketakandriana Rafitoson, la directrice exécutive de Transparency International Madagascar. 

On a l’impression qu’ils sont, en fait, quatre ou cinq à être dans la compétition et que les autres sont totalement noyés dans la masse.

Ketakandriana Rafitoson, de Transparency International

à franceinfo

"Andry Rajoelina, par exemple, se déplace constamment en hélicoptère d’une région à l’autre, alors qu’on estime le coût de location d’un hélicoptère à 2 000 voire 3 000 euros par heure de vol", décrypte la militante. "Sachant que si le candidat utilise son hélicoptère au moins quatre heures par jour, cela ferait déjà aux alentours de 12 000 euros de dépenses par jour. Donc, rien que pour l’hélicoptère et sachant qu’il en a sept, cela atteint déjà des sommes qui dépassent l’entendement, pour le simple Malgache, qui n’a rien à se mettre sous la dent."

Pas de plafonnement des dépenses dans la loi

Que dit la loi au sujet du financement de la campagne ? D’abord, la loi ne prévoit pas de plafonnement des dépenses. Ensuite, les candidats sont tenus de déclarer l’origine des fonds de campagne et leurs montants auprès de la commission en charge du contrôle des financements des comptes de campagne. Le hic, c’est que ces dispositions sont non contraignantes, aucun délai ni sanction n’a été défini. Si bien que jusqu’à présent, aucun des 36 candidats ne s’y est conformé.

Pour autant, il est impossible de prouver que l’élection est jouée d’avance. Ce que l’on peut dire en revanche, c’est que la perspective d’une victoire ne semble pas avoir de prix pour les trois favoris. À Madagascar, unique pays à s’être appauvri depuis son indépendance sans avoir connu la guerre, l’argent aura bel et bien été un outil d’instrumentalisation des masses, tout au long de la campagne.

Le candidat à l\'élection présidentielle Andry Rajoelina, à Tuléar, le 4 novembre 2018.
Le candidat à l'élection présidentielle Andry Rajoelina, à Tuléar, le 4 novembre 2018. (MARCO LONGARI / AFP)