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Le sort de Vincent Lambert entre les mains de la justice européenne

Interrompre l'alimentation artificielle de Vincent Lambert pour le "laisser partir dignement", ou à l'inverse empêcher ce que ses parents considèrent comme une "euthanasie déguisée". C'est la question que la Cour européenne des droits de l'homme doit désormais trancher; son arrêt sera définitif. L'audience s'est tenue ce mercredi 7 janvier à Strasbourg, juste avant l'attentat contre Charlie Hebdo.

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(Vincent Lambert en juin 2013 © MAXPPP)

Une affaire d'autant plus douloureuse qu'elle déchire une famille et divise l'opinion publique autant que les États européens. Peut-on interrompre l'alimentation artificielle d'une personne en état végétatif chronique ? Cela ne constitue-t-il pas une atteinte au droit à la vie, une forme d'euthanasie, un traitement inhumain ou dégradant, comme l'affirment les parents de Vincent Lambert ? Ou au contraire cela permettra-t-il d'éviter une "obstination déraisonnable chez un patient atteint de lésions cérébrales irréversibles ", comme le soutient le gouvernement français? D'autant plus que Vincent Lambert s'était, selon son épouse et l'un de ses frères, exprimé contre l'acharnement thérapeutique.

Mercredi 7 janvier, les juges de Strasbourg ont entendu les arguments des différentes parties. La France est en effet accusée par les requérants de violer quatre articles de la Convention européenne des droits de l'homme : le droit à la vie, l'interdiction de la torture, des traitements inhumains ou dégradants, le droit au respect de la vie privée et le droit à un procès équitable.

Me Jean Paillot, avocat des parents de Vincent Lambert, explique que pour lui la décision de la justice française d'interrompre l'alimentation correspond bien à une forme d'euthanasie, or celle-ci est interdite dans le droit français. Me Laurent Pettiti, avocat de l'épouse, Rachel Lambert, explique ainsi qu'au delà du cas de Vincent Lambert, c'est l'avenir de la loi Leonetti qui est en jeu. Mais pour Me Madeleine Munier-Apaire, avocate de la demi-sœur et du neveu Marie-Geneviève et François Lambert, aucun tiers, pas même un père ou une mère, ne peut s'approprier le droit à la vie d'autrui. Elle estime d'ailleurs que les parents ne sont pas des "victimes" mais qu'ils défendent leurs propres intérêts et convictions, très éloignées de celles de Vincent Lambert, et que leur plainte ne devrait donc pas être recevable.

La Cour rendra son arrêt dans les prochaines semaines

Et ce, sur la recevabilité comme sur le fond. Si elle juge la requête des parents recevable et qu'elle condamne la France cela entrainera le maintien en vie, artificielle, de Vincent Lambert. Dans le cas contraire, elle confirmera la décision de la justice française et signera l'arrêt de mort de ce père de famille âgé aujourd'hui de 38 ans.

(Vincent Lambert en juin 2013 © MAXPPP)