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Le dernier homme de Fukushima

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Le combat d'un homme contre le nucléaire. Après Paris et Fessenheim, avant l'Allemagne et la Suisse, Naoto Matsumura, l'ermite de Fukushima, dernier habitant de la zone contaminée, a choisi le Parlement européen pour commémorer les trois ans du tsunami et de la catastrophe nucléaire et mettre en garde contre un accident similaire en Europe.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
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En le voyant, on ne peut
s'empêcher de penser au dernier ouvrage de Primo Lévi, Les naufragés et les
rescapés
, et à ses prédictions sur les catastrophes à venir, en particulier
l'apocalypse nucléaire. Naoto Matsumura, le dernier homme de
Fukushima
(titre de l'ouvrage que lui a consacré le photoreporter
Antonio Pagnotta), est une force de la nature, victime miraculée, devenu
militant malgré lui.

Suicide annoncé

Cet agriculteur quinquagénaire
a toujours refusé de quitter la zone contaminée interdite autour de la centrale
de Fukushima. Il a choisi de soigner les animaux abandonnés après la
catastrophe. Une forme de "suicide annoncé" et surtout un acte de
résistance au service inconditionnel de la vie, comme le souligne l'eurodéputée
verte Michèle Rivasi.

En attendant, Naoto
Matsumura a pris son bâton de pèlerin, équipé d'un compteur Geiger. Après une
première étape à Paris, celui qui n'avait jamais manifesté, est allé réclamer
la fermeture de Fessenheim
, la plus vieille centrale française, aux côtés des
milliers de manifestants venus aussi d'Allemagne et de Suisse.

Cri d'alerte au Parlement
européen

Le jour du 3ème
anniversaire de la catastrophe, le 11 mars 2014, l'ermite de Fukushima a voulu le commémorer au
Parlement européen, réuni en session à Strasbourg, pour lancer un cri d'alerte
aux Européens. Non seulement le gouvernement japonais est en train de redémarrer
ses centrales nucléaires, mais il s'apprête à faire retourner la population dans des
zones toujours fortement contaminées.

Et surtout, avec "54
réacteurs au Japon, 58 en France, le prochain accident aura lieu dans un de ces
deux pays". Pour Naoto Matsumura c'est l'évidence même, "et si l'Europe ne décide
pas très vite de sortir du nucléaire, elle connaîtra forcément une catastrophe
aussi grave que Fukushima".

"Plus jamais ça" ?

"On n'a rien retenu, ni
de la catastrophe de Three Mile Island, ni de celle de Tchernobyl, ni de celle
de Fukushima" s'indigne Michèle Rivasi, fondatrice de la CRIIRAD (Commission de
recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité) et ancienne
présidente de Greenpeace France.

Au contraire, les seuils de
radiation pour la consommation des aliments ont multipliés par
trois depuis Tchernobyl. L'eurodéputée écologiste souligne qu' "au niveau
européen, de Tchernobyl à Fukushima, la Commission a modifié progressivement
les seuils de radioactivité tolérables en cas de crise nucléaire (de 1 à 20 milliSievert),
préparant ainsi la population européenne à l'inéluctabilité d'un accident ".

Le dernier homme de
Fukushima
, Antonio Pagnotta** (Don
Quichotte, 2013, 17,90 euros)

 

 

 

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