"Creuser un trou pour un trou" : les archéologues ne décolèrent pas contre Rachida Dati

La volonté de la ministre de la Culture de réformer la réglementation de l’archéologie préventive, suscite de fortes réticences parmi les archéologues.
Article rédigé par franceinfo, Marie Dupin
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Des archéologues effectuent des fouilles préventives sur la place des alliés de Masevaux, le 6 février 2024. (photo d'illustration). (VINCENT VOEGTLIN / MAXPPP)

Rachida Dati est-elle trypophobe ? A-t-elle peur des trous ? C'est la question que se pose le magazine en ligne de l'archéologie, Archeologia, vendredi 12 avril, après les déclarations de la ministre de la culture Rachida Dati à l'occasion de la restauration d’un château des Yvelines par un propriétaire privé. Dans le Parisien et sur X, la ministre de la culture affirme qu'il ne faudrait plus "creuser des trous juste pour le plaisir", et qu’elle préférait "mettre de l’argent dans la restauration du patrimoine plutôt que de creuser un trou pour un trou". 

En cause : la loi de 2001 sur l’archéologie dite préventive. Une loi qui oblige ceux qui artificialisent les sols, pour construire une route, un projet immobilier ou un centre commercial, à financer des fouilles si l’État le juge nécessaire. Or, comme l’expriment des archéologues dans une tribune publiée dans le journal Le Monde, lorsqu’il est décidé de creuser, ce n’est jamais pour le plaisir de ne rien trouver. Selon eux, des sondages ne sont prescrits que pour un quart des 50 000 hectares de sols artificialisés chaque année, alors que des millions de sites archéologiques restent à découvrir en France.

L'exemple du château de Dampierre

Les archéologues, "stupéfaits" disent-ils par les propos de la ministre, rappellent que dans le cas du château de Dampierre dans les Yvelines, les fouilles ont permis de révéler des jardins et des bassins disparus, sans avoir coûté plus de 1% du budget de la restauration.

Car si creuser ne permet pas de s’en mettre plein les fouilles, ça ne coûte jamais très cher, si ce n’est aux scientifiques, ces chercheurs d’histoire, souvent précaires, qui se donnent du mal avec leurs pelles et leurs pioches, dans des délais toujours restreints par l’urgence d’un chantier. Creuser des trous non par hobby, mais pour préserver le patrimoine, l'histoire passée qui éclaire le monde d’aujourd’hui, pour sauver ce qui, sinon, va être irrémédiablement détruit.

 

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