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Les ânes sont de retour

Le Salon du Cheval se tient près de Paris jusqu'à demain soir, une occasion de parler de la traction animale, plus particulièrement de la traction asine en France et dans le monde.

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Plus d'un milliard de paysans dans le monde travaillent encore la terre à la main. Et trois cent millions utilisent la traction animale. Le tracteur n'est pas près de remplacer totalement la bête de trait, surtout dans les pays pauvres. Pour Philippe Lhoste, agronome zootechnicien et auteur d'un ouvrage de référence "La Traction animale", les énergies humaines, animales et mécaniques sont très complémentaires dans les systèmes de production agricole.

L'introduction de la motorisation dans les pays en voie de développement ne présente pas que des avantages.

Elle peut rendre le paysan dépendant des importations de carburant et de pièces détachées. Alors que l'acquisition d'un animal, tel un bovin, peut lui rapporter de l'argent à la revente, surtout s'il a été acheté jeune : au bout de sa courte carrière de travail, le poids de l'animal aura doublé, de même que sa valeur bouchère.

L'énergie animale n'est pas une panacée et ne règle pas tous les problèmes des pays en voie de développement, mais elle réduit considérablement la pénibilité du travail humain, dont celui des femmes qui portent de lourdes charges ou sarclent les parcelles à la main.

Le facteur de réussite du maintien de la traction animale est l'adéquation entre la dimension de l'exploitation et la race utilisée pour la cultiver. Pour une surface de dix hectares, le paysan choisira plutôt le bovin, alors que s'il ne dispose que d'un hectare, il préfèrera un équidé, cheval, mulet ou âne. L'animal est plus léger et moins exigeant en terme de nourriture.

Philippe Lhoste constate une légère relance de la traction animale en Europe occidentale à travers les activités agricoles de maraîchage, de viticulture ou de production de fruits, mais aussi dans des activités de type thérapeutique comme le traitement des handicaps et l'accueil des personnes en difficulté psychologique.

Les Nations Unies encouragent la traction animale car elle soulage le paysan, et contrairement au tracteur, elle est accessible et son énergie est renouvelable. Les perspectives de relance sont réelles, portées par le courant de pensée agro-écologique. La traction animale émet peu de carbone et ne consomme pas d'énergie fossile.

Parmi les animaux de trait, l'âne, le deuxième animal domestiqué par l'homme, a des avantages. Il est moins cher et travaille avec finesse sur des terrains accidentés. L'âne est à nouveau sollicité par les pays en voie de développement dont les surfaces agricoles se réduisent à cause d'une forte démographie.

Plus près de chez nous, l'association PROMMATA conçoit des outils adaptés à tous les animaux de trait, dont l'âne en France et en Afrique. Elisabeth Touré-Stehly, coordinatrice chez PROMMATA, nous explique que l'abandon du cheval de trait après la Seconde Guerre Mondiale est du au plan Marshall qui a financé les tracteurs dans toutes les fermes d'Europe de l'Ouest.

L'investissement en traction animale est bien inférieur à l'achat d'un tracteur pour lequel il faut compter au moins dix mille euros (premier prix), alors qu'un âne en coûte moins de mille.

Contrairement aux idées reçues, l'âne est facile au travail, à condition d'avoir été éduqué depuis son plus jeune âge. Il ne se dresse pas de la même façon qu'un cheval, mais rend le même type de services.

Elisabeth Touré-Stehly se réjouit des nombreuses réussites d'installations de fermes en traction animale. Deux facteurs importants : suivre une bonne formation et se procurer des outils performants.

Certains vignerons trouvent des avantages à la traction dite asine. Des avantages liés à leur image de marque : la méthode de culture est une valeur ajoutée. 

Les ânes méritent tout sauf un bonnet, ils sont encore cinquante millions dans le monde à rendre service aux paysans.

Pour tout savoir sur la traction animale, rendez-vous jusqu'à
demain soir au Salon du Cheval, à Paris-Villepinte. Le Village des Ânes y est présenté
pour la première fois.

A suivre également, l'aventure d'une passionnée de cheval et d'aéronautique :Clémence de Villecourt qui au printemps 2013, va partir, seule, en roulotte à cheval sur les traces de Jean Marie le Bris : un marin, qui dans les années 1860 fut probablement le 1er aviateur à voler sur un "plus lourd que l'air" un planeur issu d'une réplique d'un albatros tractée par un cheval sur une plage de Douardenez. A suivre sur le site de l'Association : le sabot et la plume.

Et enfin pour ce qui concerne les ânes, une manifestation est prévue sur l'hipprodrome de Vincennes à Paris : la journée des ânes le Dimanche 16 Décembre prochain, pour petis et grands.

La terre nous en apprend plus long sur nous que tous les livres. Parce qu'elle nous résiste. L'homme se découvre quand il se mesure avec l'obstacle. Mais pour l'atteindre, il lui faut un outil. Il lui faut un rabot, ou une charrue. Le paysan, dans son labour, arrache peu à peu quelques secrets à la nature, et la vérité qu'il dégage est universelle. De même l'avion, l'outil des lignes aériennes, mêle l'homme à tous les vieux problèmes.Antoine de Saint-ExupéryTerre des hommes.  

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